Un chiffre a retenu l’attention du monde entier, ou presque, lors du 7ème Forum sur la Coopération Sino-africaine (FOCAC) à Pékin : 60 milliards de dollars de promesses financières chinoises aux 53 pays africains… sur trois ans. Les dirigeants africains ne peuvent que se féliciter de ce geste du président chinois, Xi Jinping, envers eux. Mais… 

Oui, il y a un “mais“. Car derrière cette “dette“ il pourrait y avoir anguille sous roche, autrement dit ce que Jean-Joseph Boillot appelle, dans un article publié par le site “THE CONVERSATION”, «un piège de la dette?». Parce que depuis une vingtaine d’années, certes la Chine investit beaucoup sur le continent africain, toutefois à l’analyse des faits, l’Empire du Milieu fournit surtout des marchandises et des services aux Africains.

En effet, Boillot assure que «… l’ampleur accumulée des investissements chinois sur le continent africain (dont encore 500 milliards de dollars pour des projets à venir) fait de la Chine un créancier puissant». Et cela est dû à la conjonction de deux mouvements : «d’un côté, la montée en puissance des financements chinois en Afrique et dans le monde (Nouvelles Routes de la Soie, BAII…), et de l’autre, la préoccupation croissante pour une crise des dettes africaines, à 40% en Afrique subsaharienne, voire à plus de 100% du PIB dans certains pays».

A priori, pas d’inquiétude, sauf qu’«une importante proportion de ces dettes est contractée envers des entreprises ou banques chinoises (plus de 70 % au Kenya ou au Cameroun), certains soupçonnent des contreparties opaques et une relation prédatrice», explique Boillot.

Il pousse un peu plus l’analyse et cite, entre autres, l’ancien secrétaire d’Etat Rex Tillerson, lors d’une visite à Addis Abeba (Ethiopie) au printemps, n’avait pas hésité à accuser Pékin “d’une stratégie de mise en coupe délibérée : le modèle de financement est fait d’une telle manière que lorsque le pays a des difficultés financières, il perd le contrôle de ses propres infrastructures, de ses propres ressources“.

«La Chine met plus de la moitié des sommes dont l’Afrique a besoin pour ses infrastructures. Et ça se voit ! Quand je vais en Ethiopie, partout il y a des routes, des bus chinois, l’aéroport a été entièrement fabriqué par eux. Elle atteint une position d‘hégémonie qui casse la concurrence et c’est là qu’est le problème», s’inquiète Jean-Joseph Boillot.

De façon générale, la prééminence des créances chinoises, aussi bien dans certains pays asiatiques (Sri Lanka, Malaisie, Corée du Nord, Iran, etc.) qu’en Afrique, commence soulever moult interrogation. Certains vont jusqu’à parler de «néocolonialisme» de la Chine, ou de «Diplomatie de la dette piégeuse», ou «piégée»… Et ce même si des dirigeants africains, comme Paul Kagamé du Rwanda, Macky Sall du Sénégal, ou Cyril Ramaphosa de Madagascar ont jugé utile de voler au secours de Xi Jinping de la “Chinafrique“ pour tenter de dissiper ces inquiétudes, en qualifiant les relations bilatérales avec la Chine de «mutuellement rentables».

«Pour un pays en développement, la Chine représente un moyen rapide de s’équiper en infrastructures, faire vivre une classe moyenne et diversifier les partenaires diplomatiques. Mais “l’appétit“ (disait le FMI du Kenya) pour les prêts chinois se paie parfois au prix de contreparties aliénantes ou moins transparentes… Particulièrement en Afrique?», écrit le site franceculture.fr.

Au final, «si la Chine est aussi forte aujourd’hui, c’est parce qu’elle est arrivée au moment où les pays occidentaux appliquaient à l’Afrique des programmes d’austérité majeure», souligne Jean-Joseph Boillot.

En clair, les pays africains s’engagent dans une spirale de dette envers la Chine, laquelle dette les maintiendra dans un “Etat de soumission“… durable. En tout cas, les dirigeants africains devraient se rappeler de cette citation de l’ancien président de la Guinée-Conakry, Ahmed Sékou Touré : «Toute aide qui ne sous aide à nous passer de l’aide doit être rejetée».

On l’aura dit.

TB

Source : franceculture.fr