Printemps arabe : Les promesses perdues de la communauté internationale

croissance-chiffres-caricature.jpg«La solidarité internationale pour la construction de la démocratie en Tunisie». Invités, durant la troisième et dernière journée de l’Université d’été de l’ACMACO (Association Club Mohamed Ali pour la Culture Ouvrière, 23-25 août 2013, Gammarth), à débattre de ce thème, les participants à cette manifestation –qui a tenu cette année sa vingtième édition- n’ont pas caché leur déception face au manque d’engagement des grandes puissances dans ce domaine. Un état d’esprit que Mourad Allal a bien résumé.

Cet économiste, militant des droits de l’Homme, fondateur du Front national pour la démocratie, vivant en France, a le sentiment que «les acteurs de la société civile modernistes et démocrates produisent un discours inaudible» qui «semble être à l’origine d’un positionnement timide dans la mise en place d’actions de solidarité à l’instar de celles menées ailleurs, en Europe de l’Est et en Amérique latine».

Dans cette assemblée de l’ACMACO, où les voix de gauche sont majoritaires, on n’a pas pu s’empêcher de constater –en opposition au faible engagement des grandes puissances en faveur des pays du Printemps arabe-, le déploiement dans ces pays d’une «solidarité régionale islamique».

Ce constat pessimiste Pierre Galand le partage –«il y a une baisse totale de la solidarité qu’on a vu ailleurs, par exemple lors de la lutte contre la colonisation»- et en propose une explication à l’adresse de ses amis tunisiens. «Le problème pour vous c’est qu’en ce moment la préoccupation de l’Europe est ailleurs».

Soucieux d’essayer «de sauvegarder l’espoir de pouvoir faire quelque chose», l’homme politique belge propose d’agir pour «ramener les gens vers l’espérance qu’on peut bâtir des droits». Car à défaut de créer des droits, «c’est le sécuritaire qui revient» et les gens vont se retourner vers «les partis qui leur apportent des réponses simples, comme les partis intégristes religieux, mais pas seulement musulmans».

Sur la même longueur d’onde, Tony Ferigo appelle à «ne pas faire confiance au mouvement syndical international» car les syndicalistes «font de la diplomatie». Le syndicaliste italien croît déceler cependant «une possibilité de travailler avec certaines fédérations».

Plus réaliste, Leila Ghanem (Liban) rappelle que «la solidarité se base sur la communauté d’intérêts. C’est ce qui la rend solide. Pour cela, il faut coordonner les intérêts sur le plan national, régional et international». La rédactrice en chef de la revue Al Bada’el croit que les Tunisiens peuvent trouver des partenaires dans le Forum Social Mondial (FSM), d’autant qu’ils ont, d’après elle, réussi une performance exceptionnelle lors de sa dernière réunion en Tunisie. «Avant sa tenue en Tunisie, les organisateurs pensaient que ce serait la dernière réunion» du FSM «parce qu’il était devenu une sorte de folklore». Mais «la manière dont les Tunisiens ont réussi l’organisation et la gestion» de cette manifestation a changé cette idée. «Le FSM va donc continuer et il va falloir en profiter». Notamment pour diversifier les relations et les réseaux avec les pays d’Amérique latine.

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Printemps arabe: Le long et caillouteux chemin de la transition (1/2)

« Le Printemps Arabe », avec Mohamed Bouazizi pour la Tunisie, nominé au Prix Sakharov 2011