Afrique du Sud : appel à la grève dans les mines d’or mardi

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à Carletonville, le 18 octobre 2012 (Photo : Alexander Joe)

[03/09/2013 05:37:23] Johannesburg (AFP) Le principal syndicat sud-africain des mines d’or appelle les salariés à la grève à partir de mardi, pour réclamer d’importantes augmentations de salaire, au moment où des négociations et conflits similaires se déroulent dans plusieurs grands secteurs industriels du pays.

“Nous allons faire grève jusqu’à ce que les employeurs revoient leur offre”, a annoncé lundi Lesiba Sehoka, porte-parole du NUM, le syndicat national des mines, affirmant parler au nom de 90.000 des 140.000 employés du secteur aurifère.

A la différence de l’an dernier, la grève des mines d’or a été précédée d’un préavis et de négociations en bonne et due forme. Car le NUM, proche du pouvoir et débordé par sa base lors des grèves sauvages de 2012, entend cette fois restaurer sa crédibilité. Et stopper l’ascension de l’AMCU, le très radical syndicat rival.

Le gouvernement s’emploie à calmer le jeu, en appelant à exercer le droit de grève dans les formes légales. Le but est d’éviter une répétition des violences qui ont fait des dizaines de morts en 2012, dont 34 mineurs de platine abattus par la police en août à Marikana (nord).

Logiques adverses

L’écart entre les offres patronales et les revendications syndicales illustre les tensions salariales qui règnent actuellement en Afrique du Sud, alimentées par l’inflation: les mines d’or (AngloGold Ashanti, Gold Fields, Rand Uranium, Harmony Gold, Evander Gold, Sibanye Gold, et Village Main Reef) ont proposé 6,5% d’augmentation, soit environ 1/2 point au dessus du taux d’inflation.

Le NUM exige 60%. L’AMCU 150%.

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à Marikana (Photo : Alexander Joe)

Deux logiques s’affrontent. La logique économique des employeurs, qui cherchent à limiter les coûts pour préserver leur rentabilité. Une logique politique, celle des mineurs, qui estiment qu’il est temps de réparer les injustices héritées de l’époque de l’apartheid.

Les autres points chauds du front social sont les stations services, l’automobile et le BTP.

Les représentants des 72.000 employés des garages et stations ont repoussé lundi d’une semaine une menace de grève, après avoir obtenu l’ouverture de nouvelles négociations.

Dans le BTP en revanche, la grève en cours se poursuit après le rejet par les syndicats d’une offre patronale de 8 à 10% d’augmentation selon les catégories. Les grévistes exigent 13%.

Même scénario dans l’automobile, où un peu plus de 30.000 travailleurs ont cessé le travail depuis près de deux semaines, paralysant la production nationale, surtout destinée à l’export.

“Plaisanterie”

Lundi dernier, ce sont aussi un millier de techniciens de la compagnie nationale South African Airways (SAA) qui ont cessé le travail –sans perturbations notables.

Les négociations se déroulent sur fond de croissance en berne, de dépréciation de la monnaie nationale et de chômage supérieur à 25%.

Parlant au nom des mineurs d’or, Lesiba Seshoka du NUM a qualifié de “plaisanterie” l’offre mise sur la table par la Chambre des mines.

Mais les patrons des mines d’or, confrontés à une forte hausse de leurs coûts de production –notamment des tarifs de l’électricité–, sont d’autant moins enclins à céder qu’ils ont été très affectés par les grèves sauvages du second semestre 2012 qui leur ont fait perdre beaucoup d’argent.

Depuis la découverte des premières mines d’or à Johannesburg en 1886, l’Afrique du Sud a été le premier producteur mondial de métal jaune jusqu’en 2007, payant des salaires de misère, mais elle n’est plus qu’à la cinquième place aujourd’hui. Son sous-sol contient 13% des réserves mondiales, dont les filons sont désormais moins accessibles.

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à Carletonville, le 18 octobre 2012 (Photo : Alexander Joe)

Aujourd’hui plus rémunérateur, le secteur du platine, qui emploie environ 200.000 personnes et a été le théâtre de graves débordements de violence en 2012, offre parallèlement un test intéressant de la volonté des acteurs sociaux d’aller, ou pas, au conflit.

Le géant Anglo American Platinum (Amplats), premier producteur mondial, a notamment revu un plan social qui avait provoqué l’ire des syndicats et du gouvernement. Le nombre de suppressions de postes programmées a été ramené de 14.000 à 3.300.