Crises de confiance alimentaires : la revanche des “Petits producteurs”

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égumes (Photo : Miguel Medina)

[02/03/2013 19:05:01] PARIS (AFP) “On voit aujourd’hui des gens qui ne nous prenaient même pas au téléphone nous relancer trois fois par jour”. Autrefois snobés par la grande distribution, les “Petits producteurs”, qui mettent leur nom et leur photo sur leurs fruits et légumes, sont aujourd’hui très courtisés.

Nicolas Chabannes, le malin co-fondateur avec sa soeur Elisabeth de ce groupement de 450 producteurs, a instantanément senti que l’affaire du cheval dans les lasagnes et autres raviolis industriels allait porter chance à ces cultivateurs et éleveurs qui se singularisent en signant leurs paniers de fraises, d’asperges ou de tomates avec leur photo, nom, prénom, contact et lieu de récolte.

Au premier jour de la crise, il contactait l’AFP pour expliquer sa démarche: quelle meilleure traçabilité que de publier la fiche d’identité personnelle de l’agriculteur ? Près de trois semaines plus tard, son pressentiment est déjà confirmé: “la crise du cheval nous a favorisés” confie-t-il.

“L’an dernier, on a commercialisé 320 tonnes de fraises de pleine terre, cette année, la demande dépasse déjà les 1.000 tonnes: au 28 février, 2.800 magasins nous avaient sollicités, ce sera impossible de tous les livrer”, raconte-t-il.

Même en lançant un appel à tous les producteurs de France qui se sont mis à vendre en circuit court pour éviter les intermédiaires : “On se retrouve dévalisé avant même la saison”.

Lancé il y a quatre ans autour de deux pôles, au pied du Mont Ventoux dans le sud et près de Lorient en Bretagne, “Le Petit Producteur” commercialise aujourd’hui plus de 600 variétés, viande comprise, sur un même principe: agriculture de qualité, pas forcément bio “mais majoritairement”, rémunération au “juste prix” du producteur.

Ramener le client au rayon fruits et légumes

“Il est rémunéré 10 à 20% plus cher en moyenne, mais le distributeur de son côté s’engage à ne pas répercuter la totalité de ce surcoût au consommateur”.

Assez vite, Nicolas Chabannes et ses paniers et escalopes “tu-veux-ma-photo” ont trouvé preneurs chez les distributeurs haut de gamme, Fauchon, la Grande Epicerie… Puis quelques enseignes très urbaines ont suivi.

“Aujourd’hui, toutes les enseignes de la grande distribution nous référencent sauf une”. Chez l’une d’elle, il est passé de 42 à 310 magasins.

“En moyenne, nos ventes ont augmenté de 50% par an depuis trois ans, en 2012 elles ont bondi de 70%”, se félicite ce quadragénaire, petit-fils de cultivateur venu de la comm’ et des fraises.

Même si elle apparaît soudain hors de toute proportion anticipée, il s’attendait dit-il à cette explosion: “Tout montre que les consommateurs se détournent des rayons fruits et légumes en grande surface, des pêches dures, des fruits verts… En période de crise, les gens ont encore moins envie de manger de la m…”.

Des assertions confirmées par les chiffres: un acheteur sur deux ne passe plus par le rayon fruits et légumes des grandes surfaces selon la revue professionnelle LSA; et les achats de fruits et légumes en GMS sont passés de 80% il y a 20 ans à 59 % selon la filière, Interfel.

Du coup, les distributeurs réagissent pour sauver le navire: “l’un d’eux m’a confié qu’il devait récupérer ces acheteurs pour s’assurer qu’ils continueraient aussi d’acheter aussi les couche-culottes dans ses rayons”.

La démarche des petits producteurs avec leur trombine sur les escalopes commence même à intéresser à l’étranger: selon Nicolas Chabannes, “le Ministère japonais de l’agriculture est venu nous voir en janvier pour étudier un développement du concept au Japon”.

Avant eux, “Le Petit Producteur” avait reçu des visiteurs d’Allemagne et de trois pays scandinaves et il réfléchit simultanément à une possible extension du concept à l’ensemble de l’Europe. Voire à avoir son propre stand l’an prochain au Salon de l’Agriculture.