La Turquie menace de boycotter les groupes retenus pour explorer le gaz à Chypre

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étrangères, Ahmet Davutoglu, le 13 octobre 2012 à Istanbul (Photo : Bulent Kilic)

[03/11/2012 11:12:44] ANKARA (AFP) La Turquie a menacé samedi d’exclure de ses futurs projets en matière d’énergie les compagnies pétrolières retenues pour l’exploration du gaz dans les eaux territoriales de Chypre.

“Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises (…), les compagnies qui coopéreront avec les autorités chypriotes grecques seront exclues des futurs projets turcs en matière d’énergie”, a annoncé le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu dans un communiqué.

Dans son communiqué, le chef de la diplomatie turque à appelé ces compagnies et les autorités de leur pays “d’agir avec raison” et de se retirer de ses projets d’exploration dans des eaux dont la Turquie dispute la souveraineté à Chypre.

Chypre a annoncé mardi avoir accordé quatre permis d’exploration de gaz, deux à consortium composé de l’italien Eni et du sud-coréen Kogas, un au groupe pétrolier français Total et un dernier à un consortium composé de Total et du Russe Novatec.

Le ministre chypriote du Commerce Neoclis Sylikiotis a indiqué que les négociations sur les détails de ces permis devaient s’achever d’ici 2013. Au total, le gouvernement chypriote souhaite attribuer des licences pour douze blocs.

La compagnie américaine Noble Energy, titulaire d’un permis sur un autre bloc, a annoncé l’an passé avoir découvert un gisement de gaz pouvant atteindre 226,5 milliards de mètres cubes, pour une valeur estimée de 100 milliards d’euros, qui suffirait à couvrir les besoins de l’île méditerranéenne pour des décennies.

Selon plusieurs médias, d’autres gisements de gaz mais également de pétrole pourraient être mis au jour dans les blocs adjacents.

La Turquie s’est fermement opposée aux explorations menées par le gouvernement chypriote qu’elle ne reconnaît pas, les qualifiant d'”illégales”. En avril dernier, elle a entamé en représailles une campagne de prospection pétrolière et gazière au large des côtes de la partie nord de l’île.

Dès vendredi, le ministre turc de l’Energie Taner Yildiz avait spécialement mis en garde la compagnie italienne Eni. “Nous allons reconsidérer ses investissements en Turquie si Eni est partie prenante” des projets d’exploration à Chypre, a indiqué M. Yildiz à la presse.

Les mesures “unilatérales et provocantes” prises par le gouvernement chypriote sont “inacceptables” pour la Turquie, a insisté samedi M. Davutoglu.

Ankara ne reconnaît que la République turque de Chypre du nord (RTCN), contrairement au reste de la communauté internationale qui reconnaît la République de Chypre, membre de l’Union européenne (UE) depuis 2004.

Chypre est divisée depuis 1974, après que la Turquie a envahi le nord de l’île à la suite d’un coup d’Etat fomenté par des nationalistes chypriotes-grecs et visant à rattacher le pays à la Grèce.

Les autorités turques doivent annoncer dans les mois à venir le choix de leurs partenaires pour la construction de deux centrales nucléaires. Elles ont signé en 2010 un accord avec la Russie pour une première centrale à Akkuyu, dans le sud du pays. Ses travaux n’ont toujours pas débuté.