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Otan. (Photo : Mandel Ngan)

[24/05/2012 12:02:45] LONDRES (AFP) La confirmation du retour en récession du Royaume-Uni a encore accru jeudi la pression sur le Premier ministre David Cameron pour qu’il lâche du lest dans sa politique d’austérité au profit de la croissance, en plein débat européen sur les moyens de relancer l’économie.

Selon une nouvelle estimation officielle, le Produit intérieur brut (PIB) a diminué de 0,3% au 1er trimestre de cette année. Le pays est donc bel et bien retombé en récession, son économie s’étant rétractée pour le second trimestre d’affilée.

Et la dégradation est encore plus marquée que prévu, puisque la première estimation datant d’avril était de -0,2%, en raison notamment d’un plongeon de l’activité dans le secteur de la construction.

“La situation continue d’empirer”, ont résumé les analystes de la banque HSBC.

Deux ans après son accession au pouvoir, le coup est rude pour le Premier ministre conservateur, qui ne peut plus prétendre faire mieux que ses voisins européens, eux-mêmes à la recherche de la martingale pour sortir de l’ornière.

C’est sur eux que M. Cameron fait porter la principale responsabilité de la situation de son pays, qui réalise près de la moitié de ses échanges avec une zone euro en pleine tourmente.

A l’occasion du sommet de Bruxelles mercredi, il a de nouveau critiqué les tergiversations des dirigeants européens et les a exhortés à prendre enfin des actions “décisives”, notamment sur le cas grec.

Pour sa part, son credo reste jusque-là inchangé: “il n’y a pas de retour en arrière possible” sur la réduction à marche forcée du déficit public, qui a selon lui permis à son pays d’éviter un sort comparable à celui de la Grèce.

“On nous dit de manière absurde que la Grande-Bretagne a été placée à l’abri. Nous sommes en récession. De quel type d’abri s’agit-il?”, rétorque le responsable travailliste chargé de l’économie, Ed Balls.

L’opposition accuse aussi M. Cameron de se “cacher derrière la crise de la zone euro” pour masquer l’échec d’un plan de rigueur qui aurait contribué à mettre l’économie à genoux, sans améliorer aussi vite qu’espéré l’état des finances publiques.

Selon la presse économique, deux événements récents devraient toutefois pousser M. Cameron à évoluer: l’élection du socialiste François Hollande à la présidence française, qui a recentré le débat européen autour du thème de la croissance, et les mises en garde voilées du Fonds monétaire international (FMI).

Lors d’une visite mardi à Londres, la directrice générale du FMI Christine Lagarde a certes salué la lutte du gouvernement contre les déficits. Mais elle lui a aussi demandé d’être prêt à changer rapidement de tactique pour éviter que l’économie ne “cale” durablement.

Suggérant entre autres de relancer les investissements ou de suspendre certains impôts, elle a appelé M. Cameron à utiliser la marge de manoeuvre dont il dispose puisque sa politique, qui a jusque-là séduit les marchés, permet au Royaume-Uni d’emprunter à des taux exceptionnellement bas.

Elle a aussi rappelé que le pays pouvait bénéficier de l’aide de sa banque centrale, qui a déjà injecté des centaines de milliards de livres dans l’économie.

Dès le lendemain, le vice-Premier ministre Nick Clegg, chef de file des libéraux-démocrates membres de la coalition au pouvoir, annonçait de nouveaux investissements “massifs” en faveur des transports ou du logement.

Le quotidien des affaires The Financial Times y a vu le “signal d’un virage en faveur de la croissance”, même si le principe d’un programme de grands travaux adopté en novembre par le gouvernement n’a pas été suivi à ce jour d’annonces concrètes.