Tunisie – Système éducatif : Je rêve…!

Je rêve…

Je rêve d’une école où les enfants n’ont pas pour obsession de réussir des
examens, d’obtenir des bonnes notes. Je rêve d’une école ou l’objectif est
l’apprentissage. Aujourd’hui, l’enfant va jusqu’à en perdre de vue
l’apprentissage lui-même, ou au mieux, à l’envisager comme une mission à
accomplir, ponctuelle et éphémère, afin d’obtenir la sacro-sainte note (qui le
fera réussir au bac), ou le sacro-saint diplôme qui ne fera, lui, que l’enfoncer
dans la déprime, face à la réalité du marché de l’emploi, qui est juge véritable
de la valeur du diplôme.

Je rêve d’une école où chacun apprend à son rythme. Pas de programmes à
terminer, obligatoirement. Les mêmes pour tous. Et ceux qui ne suivent pas, ils
n’ont qu’à redoubler! Le redoublement est inefficace. Chaque enfant est
différent, unique et particulier.

Je rêve d’une école où l’enfant apprend à son rythme. Où l’enfant apprend ce
qu’il aime. Où l’étudiant choisit ses cours, et l’horaire qui lui convient.

Je rêve d’une école plurielle, où on fait un apprentissage pluriel d’un socle de
connaissances qui inclurait un peu de toute l’histoire de l’humanité, de toutes
les connaissances qu’elle a produites.

L’enfant aura alors une vision globale de son humanité, de l’histoire de
l’Univers, celle de la Terre, celle des animaux, celles des premiers hommes,
celles des sciences, celle des lettres, etc. L’enfant aura une compréhension
globale des choses: qu’est-ce que la médecine, traditionnelle d’abord, comment
elle a évolué? Qu’est-ce que les mathématiques et à quoi servent-elles?
Qu’est-ce que la physique et à quoi ça sert? Qu’est-ce que la philosophie?
Qu’est-ce que les sciences de la vie? Qu’est-ce qu’un cerveau, comment ça
fonctionne?, etc.

Je rêve d’une école où l’objectif de l’étudiant n’est pas d’obtenir un diplôme,
une feuille de papier qui ne reflète que très peu ses compétences véritables.

Je rêve d’une école où chaque apprenant est écouté, pour connaître ses
orientations, ses envies, ses compétences particulières, afin de lui proposer
l’apprentissage le plus adapté. Tout le monde n’a pas besoin d’être bon partout.
Chacun devra perfectionner ses propres compétences, ses propres talents.

Les compétences sont plurielles, et celles mesurées ou évaluées par le système
tel que nous le connaissons aujourd’hui ne représentent qu’une partie des
compétences que peut développer le cerveau humain. Et puis, est-ce que c’est le
diplôme qui permet d’accéder à l’emploi aujourd’hui? Est-ce que c’est le diplôme
qui reflète la valeur d’un candidat aux yeux du recruteur? Tout le monde connaît
la réponse. Non. Pas du tout. Ce n’est pas un scoop: on ne recrute plus des sacs
de diplômes, on recrute des profils, des personnalités. C’est l’entretien
d’embauche qui permet au recruteur de juger du candidat, non pas ses diplômes.
Car, ce candidat devra apprendre les méthodes de travail et l’environnement
spécifique de l’entreprise en question. Et s’il a des diplômes, et pas de
compétences, il ne sert à rien.

La compétence c’est une propension, qui existe déjà chez l’enfant, à faire
quelque chose, à apprendre dans un domaine donné, et qui sera perfectionnée avec
le temps et l’apprentissage.

Nulle compétence ne peut s’épanouir en dehors d’une envie réelle, personnelle et
subjective, d’un intérêt, pour un domaine donné. Ca s’appelle “Principe du
plaisir“.

Comment voulez-vous qu’un individu excelle dans quelque chose qu’il n’aime pas?
Il faut installer le principe fondamental, du plaisir dans l’apprentissage. Les
neurosciences nous apprennent que c’est dans le plaisir que le cerveau
fonctionne de manière optimale, dépense le moins d’énergie, et est le plus
efficace.

Je rêve…

Mais c’est simple et compliqué à la fois. Difficile à mettre en œuvre. Car les
mentalités sont si dures à changer. Pourtant ce n’est qu’une question de bon
sens.

Retournons un peu en arrière. Dans l’Antiquité, et jusqu’au Moyen-âge, il y
avait des maîtres, et chaque enfant avait le sien. Il apprenait donc à son
rythme, et au gré de ses envies. Après, il excellait dans un domaine donné, il
s’orientait alors vers ce domaine en particulier, pour apprendre plus.

Je sais, vous allez me dire que nous sommes plus de 10 millions de Tunisiens,
plus de 6 milliards de terriens…. C’est impossible!

Comment faire? Comment gérer cela? La perte de performance de nos systèmes
éducatifs est indéniablement due à l’effet de la masse. On ne peut pas bien
faire quand on a des millions d’enfants à éduquer.

Mais l’éducation, telle qu’elle est gérée aujourd’hui, premier budget de l’Etat,
est-elle pour autant efficace? Produit-on des enfants ou des étudiants de
«qualité»? Non. Et les normes internationales nous le disent.

Alors, si on cessait ce contresens…? Si on engageait beaucoup plus d’éducateurs
(terme plus générique que celui “enseignants“), que l’on faisait des groupes
d’enfants de 5 ou 10 au maximum…? La qualité ne serait-elle pas meilleure? … On
aurait en même temps créé des emplois pour une bonne partie des chômeurs.

Il faut tout mettre à plat. Se poser les questions fondamentales. Assimiler les
théories modernes, du principe du plaisir, de la nécessité de tenir compte des
rythmes différents (méthode Montessori), de l’inefficacité du système des notes
et des examens, objectif ultime de tout enfant ou étudiant.

Nos étudiants sont des espèces de logiciels qui ne savent qu’exécuter des
ordres. Nos étudiants sont des espèces de bases de données, ils ont appris des
choses, oui. Mais ont perdu beaucoup de leurs capacités, innées, de réflexion et
d’analyse. Par la faute du système.