
Bravo, on a tué l’intelligence.
Un jour, je suis tombée sur un document de mon frère, j’ai lu; ça racontait une histoire d’un camion qui était sur la route, qui roulait à telle vitesse, qui avait tel poids, qui allait passer sur un pont, etc. L’histoire se termine sans vraiment se terminer. Et j’ai demandé à mon frère ce que c’était? Il m’a dit que c’était l’examen de telle discipline de la physique (un truc technique que je ne comprends pas…). «Mais comment ça un examen? Où sont les questions? Et où sont les grandeurs physiques et les données et tout…?». Il m’a dit que c’était à eux de définir le problème, de définir les grandeurs, et de faire des propositions de résolution, en proposant certaines théories, celles qui seraient les plus adaptées.
C’est comme ça qu’on travaille à l’école centrale. On «fabrique» des gens intelligents. Non, on éveille et on perfectionne l’intelligence, qui existe déjà dans chaque enfant. On appelle les jeunes à réfléchir, à concevoir, à utiliser les théories, pour résoudre les problèmes.
Nous, nos étudiants haïssent les théories. Justement parce qu’on leur a enseigné ces théories comme des vérités sacrées. Or la théorie, faut-il le rappeler, est une lecture de la réalité. Une interprétation de la réalité, et qui a pour objectif de nous permettre de comprendre ce qui se passe, de le modéliser, pour éventuellement prédire la manière dont ça se passera dans le futur.
Je connais tellement d’étudiants intelligents et qui sont sanctionnés par le système. Des étudiants dont l’intelligence a refusé de se cantonner dans les carcans du système. Et c’est des étudiants qui ont ou sont en train de réussir leurs vies, sans diplômes. Oui, puisque l’économie évolue, et les métiers évoluent, et de plus en plus c’est la compétence qui s’impose, pas le cartable rempli de diplômes.
A quand un système éducatif intelligent, qui prône l’intelligence, qui n’inhibe pas la réflexion, la curiosité, le détachement, la critique, la capacité d’analyse? A quand un système éducatif où l’objectif ne serait pas de terminer un programme mais de donner l’essentiel en termes de connaissances, l’essentiel ou même le minimum. Car l’objectif serait de pousser à la réflexion, à l’utilisation de ces connaissances, et même à la production de nouvelles connaissances. Comment croyez-vous sinon que les Américains et les Japonais innovent et inventent des choses tous les jours? Des choses qu’ils vont breveter et nous vendre après à des prix hors de prix? Ce sont des puissances économiques mondiales… parce qu’eux, ils cultivent l’intelligence, c’est pas sorcier!
Ce dont je suis certaine, c’est que cela dépend plus de la volonté des enseignants, à la fois du primaire, du secondaire et du supérieur, que des programmes. C’est le prof face à ses élèves qui fait cours, et c’est à lui de travailler son cours, sa pédagogie, l’interaction avec ses élèves, pour atteindre son objectif: non pas terminer le sacro saint programme, mais créer des compétences, accompagner l’intelligence primitive des jeunes, celle qui fait qu’ils sont capables de manipuler de la technologie de pointe… technologie qui reste un mystère impénétrable pour leurs parents.
Cultiver l’intelligence, mettre le jeune (élève ou étudiant) au centre, et non pas les programmes. Voilà les buts premiers que devraient avoir à la fois le système et l’enseignant.


