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Projecteur 35 mm (Photo : Georges Gobet)

[16/10/2009 14:46:47] BRUXELLES (AFP) La Commission européenne veut combler le retard de l’Europe en matière de cinéma numérique et recherche un moyen d’adapter les aides au secteur et de maintenir une offre de films et de salles diversifiée, avec une consultation publique lancée vendredi.

Les parties concernées (producteurs, distributeurs, exploitants de salles) peuvent y répondre jusqu’au 16 décembre.

Les Etats-Unis ont pris de l’avance sur l’Europe en matière de cinéma numérique: 90% des nouveaux films américains sont disponibles dans cette version.

A titre de comparaison, en France, plus gros producteur de films de l’UE, c’est le cas de moins de la moitié des nouveaux films.

“Le cinéma numérique, en rendant la distribution de films moins coûteuse et plus souple, peut permettre à davantage de films européens de circuler” mais il “exige des investissements importants”, souligne la Commission dans un communiqué.

“Un tiers des cinémas européens risquerait de fermer à cause du coût élevé de l’équipement numérique à moins que, dès maintenant, ne soient instaurés de nouveaux modèles économiques et des régimes d’aide publique viables”, prévient-elle.

Une copie numérique de film peut revenir jusqu’à 10 fois moins cher qu’une copie 35 mm classique, et faciliter la circulation des films en faisant faire des économies aux distributeurs, souligne une étude de la Commission.

Mais ce sont les salles de cinémas qui supportent l’essentiel des coûts: le matériel numérique de projection est très onéreux, et souvent hors de portée pour les petits cinémas indépendants ou d’art et d’essai.

Or ces derniers représentent une part importante en Europe, où seulement 10% des cinémas sont des multiplexes, alors que 31% n’ont qu’une seule salle.

Mi-2009, sur 30.000 salles de cinéma en Europe, seulement 2.428 étaient converties à la projection numérique.

Les Etats-Unis ont tenté de résoudre le problème en mettant en place un système où une partie des sommes recueillies par les distributeurs sont collectées pour financer de l’équipement numérique dans le cinéma.

Ce modèle est bien adapté aux grands studios d’Hollywood et aux chaînes de multiplexes, mais, selon Bruxelles, difficile à transposer directement en Europe car il risquerait de conduire à un marché “où seuls les multiplexes et les films à haute valeur commerciale bénéficieraient de la révolution numérique”.

Toujours avec le souci de maintenir la pluralité du cinéma européen, Bruxelles souhaite aussi clarifier les possibilités d’aides publiques pouvant être accordées au cinéma dans le cadre du passage au numérique.

“La Commission européenne est consciente que certains types de cinéma sont menacés de fermeture à cause des coûts de la transition numérique, et reconnaît donc le droit des Etats membres à soutenir la numérisation de leurs cinémas dans le cadre des règles existantes sur les aides d’Etat”, note-t-elle.

Elle n’a toutefois pas encore arrêté sa politique pour les aides aux multiplexes et aux chaînes de cinémas.

En juillet, elle avait ouvert une enquête approfondie sur des aides que les autorités italiennes souhaitaient accorder aux cinémas qui s’équipaient en numérique.

Elle craignait en effet que le système retenu, un crédit d’impôt, profite surtout aux grands multiplexes plus rentables et pénalise un peu plus les petits cinémas au détriment de la diversité culturelle.