BoE : le gouverneur aurait voulu porter à 200 milliards les rachats d’actifs

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à Londres, le 5 mars 2009 (Photo : Carl de Souza)

[19/08/2009 12:34:22] LONDRES (AFP) Le gouverneur de la Banque d’Angleterre souhaitait porter à 200 milliards de livres le programme de rachat d’actifs de la banque, plus encore que les 175 milliards finalement votés en août par l’institution, ont révélé les minutes de la réunion publiées mercredi.

Lors de sa réunion du 6 août, la Banque avait augmenté le montant de ses rachats d’actifs de 50 milliards de livres à 175 milliards, tout en laissant son taux directeur inchangé à 0,5%, un arsenal destiné à soutenir une économie britannique en profonde récession.

Les minutes de cette réunion, publiées mercredi, ont révélé que non seulement l’ensemble du Comité de politique monétaire souhaitait augmenter les rachats d’actifs, mais que trois de ses 9 membres (le gouverneur, Tim Besley et David Miles) voulaient aller jusqu’à 200 milliards de livres. Une majorité de 6 membres a emporté la décision.

Le maintien du taux directeur britannique à 0,5%, un niveau historiquement bas, a fait, lui, l’unanimité.

La Banque avait créé une première surprise en annonçant le 6 août qu’elle renforçait ses mesures de soutien à l’économie. Les minutes en apportent une deuxième puisqu’elles montrent qu’un tiers de ses membres dont son gouverneur voulaient aller encore plus loin.

Les dissensions apparues au sein du comité montrent que la Banque “a préféré jouer la prudence” et pécher par excès d’activisme plutôt que d’inertie, juge David Page, économiste chez Investec.

“Les conséquences négatives que pourraient entraîner de nouvelles mesures de relance monétaires importantes pourraient être bien moins graves que les coûts occasionnés par des gestes trop frileux”, se justifie en effet la banque dans ses minutes.

“Une politique monétaire qui ne serait pas assez stimulante aurait pour résultat de maintenir l’inflation sous sa cible pour une période prolongée et pourrait entamer la confiance générale dans la reprise, ce qui la freinerait”, développe-t-elle.

“En d’autres termes, le Japon (qui a connu une décennie de déflation, ndlr) est plus probable que le Zimbabwe (affligé d’une inflation galopante, ndlr)”, simplifie Danny Gabay, directeur du cabinet Fathom Financial.

Pour M. Page, la volonté d’accroître l’assouplissement quantitatif semble aussi “refléter des doutes véritables sur les perspectives de croissance” de l’économie.

Si la Banque note des chiffres “encourageants” pour la santé de l’économie britannique, elle se demande aussi “dans quelle mesure la reprise peut durer”.

Dans son rapport trimestriel sur l’inflation, publié jeudi dernier, elle avait déjà adopté un ton prudent, voire pessimiste, sur les perspectives de reprise, disant s’attendre à une reprise “lente” et à une inflation contenue sous la cible des 2% dans les deux ans.

Ainsi, pour Frédéric Ducrozet, économiste au Crédit Agricole, “bien que des hausses de taux fassent probablement partie d’une stratégie de sortie (de crise) de la BoE, les minutes publiées aujourd’hui (mercredi) suggèrent que les taux pourraient rester au niveau bas où ils se trouvent pour un bon moment”.

Sans surprise, la livre sterling a mal accueilli ces minutes. Juste après leur parution, elle est tombée à 86,10 pence pour un euro et 1,6373 dollar pour une livre.