France : le gouvernement prend acte des dégâts de la crise dans son budget

photo_1236171700925-1-1.jpg
évrier 2009 à l’Assemblée nationale à Paris (Photo : Olivier Laban-Mattei)

[04/03/2009 13:07:19] PARIS (AFP) Le gouvernement a présenté mercredi en Conseil des ministres une version rectifiée de son budget 2009 qui intègre les effets dévastateurs de la crise, avec un déficit record de près de 104 milliards d’euros, et installe officiellement le pays dans la récession.

Quatrième projet de loi de finances rectificatives depuis septembre, ce nouveau “collectif budgétaire” absorbe à la fois des dépenses annoncées pour tenter de relancer l’économie et la chute des recettes fiscales anticipée par la révision à la baisse des prévisions de croissance.

Longtemps retardée, cette correction est désormais évaluée à -1,5% du produit intérieur brut, selon les chiffres du texte présenté par le ministre du Budget Eric Woerth lors du Conseil, et plonge la France, comme ses voisins, dans la récession pour la première fois depuis 1993.

Alors que le budget initial tablait encore sur une légère augmentation du PIB (+0,2 à +0,5%), cette nouvelle estimation reste optimiste par rapport à celles de la la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI) qui anticipent respectivement un recul de la croissance française de 1,8% et 1,9% en 2009.

Principale conséquence, le manque à gagner fiscal fait un bond spectaculaire et multiplie par deux le déficit de l’Etat, qui atteint désormais les 103,8 milliards d’euros contre 52 milliards initialement prévus.

En y ajoutant ceux de la Sécurité sociale, attendu autour de 15 milliards d’euros, et des collectivités locales, le déficit total des comptes publics atteint finalement les 5,6% du PIB, selon le projet de loi.

Outre le trou provoqué par la baisse du produit des impôts, le déficit est aussi creusé par les dispositions du plan de relance de 26 milliards et les mesures sociales annoncées en février, comme la suppression de deux tiers provisionnels de l’impôt sur le revenu pour 6 millions de foyers.

photo_1236171800536-1-1.jpg
ère de l’Economie et des Finances, à Paris en 2005 (Photo : Jack Guez)

S’y ajoutent enfin les 6,5 milliards de prêts aux constructeurs automobiles, ainsi que les aides à la filière bois après la tempête Klaus et à la presse.

“Cette crise retarde l’échéance de l’équilibre budgétaire”, a concédé mercredi Luc Chatel, alors que Bruxelles vient d’épingler la France pour le dérapage de ses comptes publics, bien au-delà de la limite de 3% du PIB fixée par le Pacte de stabilité européen.

Ce dérapage et la hausse de l’endettement suscitent des inquiétudes au sein-même de la majorité. Le rapporteur général du Budget à l’Assemblée nationale Gilles Carrez (UMP) l’a ainsi jugé mardi “insupportable”.

Après avoir renoncé à l’objectif de ramener ses comptes à l’équilibre d’ici 2012, le gouvernement se fixe désormais l’objectif de “ramener le déficit public en-dessous des 3 points de PIB en 2012”.

“La réponse de notre gouvernement, ce sont des mesures exceptionnelles qui ont pour objectif un retour et un impact le plus rapide possible, mais aussi de ne pas déstabiliser globalement les finances publiques”, a assuré M. Chatel à l’issue du Conseil des ministres.

Ces mauvais chiffres ont réalimenté la controverse sur l’efficacité du plan de relance gouvernemental.

Le chef du groupe socialiste à l’Assemblée Jean-Marc Ayrault l’a qualifié de “totalement insuffisant et largement dépassé par l’ampleur de la crise”, alors que l’ex-candidate PS à la présidentielle Ségolène Royal (PS) a reproché au gouvernement d’agir “au coup par coup” et “en ordre dispersé”.

Des critiques balayées par Luc Chatel, qui a renvoyé aux mauvais chiffres des autres pays européens, des Etats-Unis ou du Japon.