Examens : la technologie aide les tricheurs


Par Oualid CHINE

La tricherie est aussi vieille que les examens. Depuis que l’école existe,
avec ses rituels de passage, certains ont de tout temps essayé de passer à
travers les mailles du filet. Pour s’armer du précieux parchemin (quoique ce
dernier ait considérablement perdu de sa valeur), certains déploient des
trésors de créativité pour faciliter le passage. Mais au 21ème
siècle on ne saurait se contenter des «aides» traditionnelles. Finis les
petits papiers qui se déroulent dans un stylo, adieu les mains transformées
en aide-mémoire, puisque noircies par des dizaines de formules de physiques
et autres sciences dures. L’époque est à la high tech. Et les Tunisiens sont
friands des derniers gadgets à la mode. L’engouement pour les téléphones
portables n’en est que l’aspect le plus révélateur. Alors les élèves s’en
servent, et pas uniquement pour annoncer les résultats à leurs parents.

 

La technologie bluetooth qui sert notamment à l’échange de données entre
téléphones portables est ainsi mise à rude contribution. Elle a trouvé un
usage inattendu dans ces salles, où on met à l’épreuve les connaissances de
nos jeunes élèves et étudiants. Et c’est Assabah, un quotidien tunisien
arabophone, qui nous le révèle, dans son édition du 10 juin, alors que les
examens battent leur plein. On aurait déjà «attrapé» des élèves en flagrant
délit de communication sans fil, alors que leurs camarades s’escrimaient à
résoudre leurs équations sans aide extérieure. Et même le portail
d’informations français, « Rue89.com» s’est intéressé à la question. Parce
que décidément, la tendance est internationale. La technologie est
envahissante, et s’intègre, avec des calculatrices programmables, des
montres agenda, dans les plans de nos tricheurs.

 

A noter que dans certains pays, comme la Suisse, par exemple, dans certaines
écoles d’ingénieurs des plus prestigieuses, les étudiants peuvent recourir,
lors de certaines épreuves, à leurs livres, et autres supports de cours.
L’évaluation ne portant en effet pas sur le nombre de formules que
l’étudiant aura retenues par cœur et ingurgitées. Mais plutôt sur les
solutions qu’il peut apporter à des problèmes concrets. Parce que dans la
vie professionnelle, le recours à de la documentation n’est non seulement
pas prohibé, mais il est même conseillé. Le but étant de faire avancer
l’entreprise, et de favoriser le développement, et non de recracher
simplement des données. Depuis qu’il y a internet, couplé désormais à cette
fantastique machine qu’est l’ordinateur, les paradigmes ont changé. Les
examens de ce type, que les universités américaines ont mis au goût du jour,
consistent en effet à proposer des solutions novatrices, en tenant compte
des données disponibles. Ce qui élimine, donc d’office et dans une large
mesure, la tricherie.

 

Nous ne faisons ici en aucun cas l’apologie des malversations, toujours
condamnables. Les plus retors de nos jeunes n’attendent d’ailleurs plus les
«bons» conseils des adultes. Mais peut-être se préparent-ils mieux, ainsi à
leur vie d’employés. Nos travailleurs savent que le plus court chemin n’est
pas toujours la ligne droite. Et que la réussite ne dépend malheureusement
pas toujours des efforts accomplis. C’est dans l’air du temps. Autant
d’éléments qui ont contribué à déqualifier le diplôme et les diplômés, les
chiffres du dernier rapport de la Banque mondiale sont, à ce titre,
révélateurs. Mais on apprendra en tout cas que nos jeunes savent au moins
tirer profit des toutes dernières technologies. Et c’est déjà ça de pris !