Le Livre et les tunisiens : un divorce consommé ?

Par : Autres

La 26ème
édition de la Foire Internationale du Livre a fermé ses portes dimanche 4 mai
2008, au Palais des Expositions du Kram, une édition qui a quand même réunie 33 pays et 1.027
maisons d’éditions pendant dix jours d’exposition. Les exposants ont été au
nombre de 318 dont 57 exposaient pour la première fois, plus de 100.000 titres dont 80% sont édités à l’étranger et
le tiers en langues étrangères. Des chiffres qui traduisent une réussite
honorable pour une foire qui fêtait ses 26 ans.

 

Loin des chiffres, et
en dépit de ces efforts et de tout le travail réalisé par les organisateurs, le public n’était pas au rendez-vous. Les couloirs
sont souvent vides, les
stands solitaires, l’ambiance était lourde sans l’animation qu’on
connaissait jadis. Quelles en étaient les causes? Comment peut-on attirer
les Tunisiens vers la lecture et la littérature? Telles sont les questions
que nous avons posées à des exposants et à quelques visiteurs.

 

Les témoignages ont révélé
une conclusion, celle confirmant, malheureusement, l’échec de cette
édition. En nous approchant d’un stand dont les livres nous semblaient assez
intéressants, le jeune responsable (Maison Elmaarfa) nous expliquait qu’à
son avis, la  présence peu importante du public serait due au manque de
publicité et de promotion de la foire dans les médias. Il a ajouté que les
Tunisiens préfèrent les livres à vocation gastronomique et des livres
sur l’horoscope,
loin donc de la littérature et d’un contenu consistant. En gardant presque
inchangés ses étals, la foire, durant au moins cinq jours, semblait
carrément désertée : «Il y a même eu, ajoutait-il,  des exposants qui
s’étaient trouvés dans l’impossibilité de payer les frais de leurs stands».
Au cours de la discussion, un client vient de nous interrompre, pour discuter le prix d’un
livre mais jugeant le prix exagéré il s’éloigna sans acheter. En lui
posant la question, le visiteur explique que la plupart des livres sont
chers même en tenant compte des remises appliquées. 

 

Trois jeunes étudiants se
bousculaient en sortant du stand. Ils étaient pressés non pas pour passer
à un autre couloir mais pour rentrer voir le match de football. Sans commentaire!

 

Deux autres jeunes filles
étaient en train de ranger leur stand alors que l’après midi venait à peine
de commencer. Surprise, est-ce que la foire est sur le point de fermer ? «Elle n’a pas démarré pour être vite clôturée», répondait
la première. «Chaque jour, on accueillait une dizaine de personnes qui
n’achètent même pas nos articles. Cela aurait  servi à quoi d’attendre
encore quelques
heures de plus?…», ajoutait la deuxième. Concernant les raisons, toutes
les deux sont d’accord pour dire que les articles étaient chers; et si on
ajoute le fait que les nouveautés sont plutôt rares selon certains
témoignages, le public a semble-t-il fini par faire l’économie d’un
déplacement.

 

Loin de ces deux filles et
dans le 2ème hall, les stands, vendant des livres pour enfants (prix bas) et
des manuels parascolaires, étaient un peu plus animés. Des encyclopédies,
des dictionnaires, des exercices de sciences, étaient au menu, avec des
remises intéressantes pour les parents et les étudiants, surtout que les
examens sont pour bientôt.

 

Au final, cette 26ème édition est aussi
silencieuse que douloureuse, mais fallait-il se contenter de quelques
témoignages pour expliquer l’absence quasi-totale du public? Autrement,
n’est-il pas plus utile de faire une étude nationale pour
comprendre les raisons de ce désintéressement du grand
public ? Ne faut-il pas aussi promouvoir la lecture et la littérature
continuellement et pas seulement à l’occasion de la foire surtout pour les jeunes qui
sont envahis de technologies et de mondialisation? Voici des questions qui
demandent probablement des réponses.

 


H.C.