Guerre du gaz ouverte entre Gazprom et l’Ukraine,qui veut rassurer l’Europe

 
 
CPS.HKP39.050308113251.photo00.quicklook.default-155x245.jpg
Le logo de Gazprom à Moscou, le 1er juillet 2006 (Photo : Alexander Nemenov)

[05/03/2008 10:38:16] MOSCOU (AFP) La “guerre du gaz” entre Gazprom et l’Ukraine ne donnait pas de signe d’apaisement mercredi, et sa résolution apparaissait freinée par les tensions au sein du pouvoir politique en Ukraine.

“L’Ukraine est un partenaire fiable et nous ne violerons pas nos engagements concernant le transport et l’exportation du gaz vers les pays de l’Union européenne”, a déclaré Mme Timochenko au début du conseil des ministres, selon l’agence Interfax.

Le conflit opposant Gazprom à Kiev s’était mué mardi en nouvelle “guerre du gaz”, le géant russe ayant réduit de moitié ses livraisons à l’Ukraine, dont le principal groupe gazier menace de perturber le transit de ses exportations vers l’Europe.

“Actuellement, les livraisons de gaz, comme cela a été annoncé, ont été réduites de 25% supplémentaires”, avait déclaré son porte-parole Sergueï Kouprianov.

L’influent géant russe avait déjà annoncé avoir réduit ses livraisons d’un quart la veille (de 35%, selon les Ukrainiens) afin de contraindre l’Ukraine à se plier à ses exigences.

“Si la partie ukrainienne ne revient pas à la table de négociations, je n’exclus pas une nouvelle réduction des livraisons de gaz”, a-t-il ajouté.

Dmitri Medvedev, le chef du conseil d’administration de Gazprom et fraîchement élu président de Russie est à son tour entré dans la bataille mardi soir en déclarant par téléphone au président ukrainien Viktor Iouchtchenko que la Russie “espérait une intensification des efforts de Kiev pour régler le plus vite possible le problème”.

Gazprom réclame actuellement aux Ukrainiens des arriérés de dette de 600 millions de dollars. Les deux parties ont également échoué à concrétiser l’accord de principe conclu le 12 février entre les présidents Vladimir Poutine et Viktor Iouchtchenko, qui prévoyait une simplification de leur schéma de livraisons.

Côté ukrainien, un porte-parole de l’entreprise publique Naftogaz, Valentin Zemlianski, interrogé par l’AFP, a confirmé la nouvelle coupure et précisé qu’aucune date n’avait encore été fixée pour de nouvelles négociations.

Auparavant, Naftogaz avait à son tour élevé le ton, prévenant qu’il ne pourrait “garantir le transit ininterrompu (du gaz) vers les consommateurs européens que lorsque cela ne met pas en danger la sécurité énergétique de l’Ukraine”.

En d’autres termes, il n’est pas exclu que les livraisons de gaz russe à l’Europe, qui transitent à hauteur de 80% via l’Ukraine, soient perturbées, comme elles l’avaient été lors de la première “guerre du gaz” entre la Russie et l’Ukraine en janvier 2006.

Mais, contredisant Naftogaz, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Volodymyr Ogryzko a assuré mardi à Varsovie que “l’Ukraine ferait tout pour que les livraisons de gaz à l’Union européenne se poursuivent normalement”.

M. Kouprianov a lui aussi répété que les livraisons de gaz russe aux consommateurs européens, qui s’opèrent en grande partie via l’Ukraine “continuaient à plein régime”.

CPS.HKP39.050308113251.photo02.quicklook.default-245x163.jpg
Un gazoduc près de Kiev, en Ukraine, le 12 février 2008. (Photo : Sergei Supinsky)

Mais la Commission européenne n’en a pas moins convoqué pour le mardi 11 mars une réunion spéciale de son groupe de coordination sur le gaz pour discuter de la crise entre la Russie et l’Ukraine, a annoncé mardi une porte-parole. Un quart du gaz consommé par l’Union européenne provient de Russie.

Ce groupe de coordination réunit un expert énergétique de chacun des 27 pays membres et des représentants de la Commission. Il devrait logiquement inviter un représentant russe et un représentant ukrainien, a ajouté la porte-parole de la Commission européenne.

Geoffrey Smith, analyste de la banque Renaissance Capital, souligne dans une note que malgré des similitudes, le conflit actuel “n’est pas un pastiche de celui de 2006”.

“A notre avis, l’Europe ne fait face à aucun cataclysme lié à ce conflit. Les clients européens de Gazprom sont plus alertes ces jours-ci aux risques de perturbation et font des réserves en conséquence. (…) Pour l’Ukraine, une baisse des livraisons en mars lorsqu’il fait +5°C n’est pas le même problème qu’en janvier 2006 quand il faisait -28°C”, souligne-t-il.

 05/03/2008 10:38:16 – © 2008 AFP