L’économie allemande fait son grand retour en Europe

 
 
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Angela Merkel et le vice-chancelier Franz Muentefering, le 22 novembre 2006 au Parlement à Berlin (Photo : Michael Kappeler)

[19/12/2006 15:21:58] FRANCFORT (AFP) Exportations florissantes malgré l’euro fort, moral d’acier des industriels, progrès dans la discipline budgétaire et même embellie sur le marché du travail: l’Allemagne est redevenue la locomotive économique de la zone euro, mais au prix de nombreux efforts.

Mardi, le “baromètre” de l’institut Ifo est venu souhaiter un joyeux Noël et une bonne année 2007 à la première économie de la zone euro. Avec 108,7 points en décembre, cet index qui reflète le climat des affaires, considéré comme un indicateur fiable de l’évolution de la conjoncture, n’a jamais été aussi bon depuis la Réunification il y a seize ans.

“L’économie allemande traverse un boom extraordinairement fort, qu’on n’avait pas vu depuis 1990”, a déclaré dans un communiqué le président de l’institut, Hans-Werner Sinn.

La hausse plus forte que prevu du “baromètre” Ifo, qui laisse présager une croissance robuste l’an prochain, vient s’ajouter à plusieurs bonnes nouvelles. En octobre, le pays a enregistré un excédent commercial de 17,3 milliards d’euros, record là aussi depuis la Réunification, malgré le fort taux de change de l’euro par rapport au dollar.

Au-delà des exportations, l’envolée des investissements des entreprises et une timide reprise de la consommation privée ont redonné sa vitalité à l’économie, souligne Standard and Poor’s dans une étude publiée mardi.

Le marché de l’emploi en profite. En novembre, le nombre de chômeurs est tombé sous le seuil symbolique de quatre millions.

Enfin, les finances publiques se sont améliorées, “et beaucoup plus vite qu’on ne l’imaginait au départ”, relève l’agence de notation. L’Allemagne va de nouveau rentrer en 2006 dans les clous du Pacte de stabilité européen, qui limite les déficits publics à 3% du Produit intérieur brut. Elle l’enfreignait depuis 2002.

La montée de l’index Ifo laisse entrevoir la poursuite d’une forte croissance l’an prochain, et c’est bien ce qui surprend le plus les économistes. Après un taux d’environ 2,5% en 2006, de nombreuses estimations tablaient sur un recul à 1,4% ou 1,5%.

Car des menaces planent: il faudra digérer la forte augmentation de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui passe de 16% à 19%. Cela va sans doute freiner la consommation des ménages et dans la foulée l’ensemble de la croissance.

Et le ralentissement prévu de la conjoncture mondiale l’an prochain, dans le sillage de l’essoufflement attendu de l’économie américaine, aurait de quoi inquiéter le champion des exportations.

Pourtant les entrepreneurs allemands continuent “de voir de bonnes opportunités pour leurs affaires à l’export”, souligne l’institut Ifo.

Pour Zaki Kada, de Thomson Financial IFR Markets, “l’indice n’annonce pas un ralentissement l’an prochain”. Après une pause au premier trimestre, l’économie allemande pourrait vivre un fort rebond par la suite.

Autre possibilité, les entrepreneurs souffrent d'”euphorie chronique”, selon Tobias Basse de NordLB, ou bien de “myopie”, incapables de distinguer les signes d’un ralentissement qui se dessine, selon Alexandre Bourgeois de Natixis. Le recul en septembre et octobre des commandes manufacturières devraient pourtant leur mettre la puce à l’oreille.

Après avoir pendant des années été qualifié d'”enfant à problème” de l’Europe, l’Allemagne fait à l’évidence son retour, et ce n’est pas un hasard, souligne pour sa part Holger Schmieding, économiste de la Bank of America.

“L’Allemagne recueille les résultats positifs de cinq ans de cure de remise en forme, de sa marche pénible pour retrouver la santé”, faite de modération salariale, de réforme du marché du travail, d’efforts des entreprises pour retrouver leur compétitivité, souvent au prix de coupes massives dans les effectifs.

 19/12/2006 15:21:58 – © 2006 AFP