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Un trader à la Deutsche Börse, à Francfort le 2 juin 2006 (Photo : Thomas Lohnes)

[11/11/2006 10:39:29] PARIS (AFP) Le projet de Bourse transatlantique unissant Euronext et la Bourse de New York (Nyse), qui a accumulé les critiques ces derniers mois, a bénéficié d’un retournement inespéré cette semaine, la Bourse de Francfort ayant perdu le soutien de Milan pour son projet rival.

Depuis la présentation en septembre d’un rapport très critique sur le projet de mariage entre Euronext et le Nyse par le patron français Henri Lachmann, qui voit dans cette opération une “prise de contrôle” de la Bourse paneuropéenne par les Américains, le groupe allemand Deutsche Börse a poussé son propre projet qui vise à créer un grand marché boursier européen incluant Francfort, Paris et Milan.

Le patron de Deutsche Börse, Reto Francioni, avait marqué des points le mois dernier, en convaincant Borsa Italiana, le gestionnaire de la Bourse de Milan, de signer un accord en vue de former une alliance boursière européenne susceptible d’être élargie à Euronext, qu’il tente de racheter depuis le début de l’année.

Mais, le groupe allemand a annoncé unilatéralement lundi avoir rompu les discussions avec la Bourse de Milan. Selon cette dernière, la rupture a été précipitée par l’hégémonisme de Francfort, qui selon la presse italienne souhaitait conserver son modèle d’activité, le siège et la direction du futur ensemble.

“Nous avons proposé un projet de Bourse fédérale, convaincu que le marché européen a besoin d’une Bourse européenne, (…) mais nous avons achoppé sur la gouvernance, sur des éléments qui étaient selon nous importants pour caractériser le modèle de Bourse fédérale”, a expliqué le patron de la Bourse de Milan, Massimo Capuano.

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Le patron de Deutsche Börse, Reto Francioni, le 24 mai 2006 (Photo : Katja Lenz )

Résultat, la Bourse de Francfort se trouve à nouveau sans allié pour tenter de convaincre les actionnaires d’Euronext que son offre de rachat est plus attrayante que celle du Nyse. Elle a déjà échoué dans des tentatives antérieures de rapprochement avec la Bourse de Londres ou le marché à terme de Chicago, le CME, qui va s’unir avec l’autre grand marché à terme américain CBOT.

Or la rupture entre Milan et Francfort intervient dans une période cruciale, à quelques semaines des assemblées générales des actionnaires d’Euronext et du Nyse sur le projet de fusion des deux groupes, qui doivent se tenir en décembre.

“Le fait que l’alliance Deutsche Börse/Borsa Italiana capote est favorable à Euronext, car les Italiens pourraient désormais se rapprocher d’Euronext, ce qui renforcerait le poids des Européens dans la fusion avec le Nyse” et leur permettrait de rééquilibrer en leur faveur l’accord de rapprochement signé au printemps avec la Bourse de New York, anticipe un analyste du secteur, sous le couvert de l’anonymat.

Cependant, la Bourse de Francfort n’a pas encore perdu la bataille, prévient-il. Son offre pourrait notamment séduire certains des actionnaires d’Euronext qui craignent que les sociétés cotées sur la plate-forme européenne ne soient soumises à la réglementation américaine en cas de rapprochement avec le Nyse, comme l’a rappelé vendredi un responsable du patronat français.

“Nous avons une préférence de principe pour des connexions européennes” et “ne voyons pas réellement de valeur ajoutée pour nous” à un mariage avec le Nyse, a affirmé Gérard de la Martinière, président de la commission des finances du Medef (Mouvement des entreprises de France), dans un entretien aux Echos.

“Tout se jouera avant l’assemblée des actionnaires d’Euronext”, résume l’analyste, selon qui “Deutsche Börse pourrait encore améliorer son offre”,tant sur le prix que sur les questions de gouvernance et de modèle d’activité.

Cependant, le Nyse lui aussi a “largement les moyens de relever son offre, tout en créant encore de la valeur” pour ses actionnaires, souligne Edward Ditmire, analyste au cabinet américain FPK.

Selon M. Ditmire, la Bourse de New York “attendra probablement l’assemblée générale des actionnaires d’Euronext en décembre pour améliorer éventuellement son offre, si sa valeur apparaît à ce moment-là inférieure à celle de Deutsche Börse”.

 11/11/2006 10:39:29 – © 2006 AFP