De Tunis à Rabat et Alger, les stratégies de transition énergétique se succèdent, accompagnées d’objectifs ambitieux et de nouveaux programmes d’investissement. Mais les réalisations divergent fortement. Le Maroc dispose de plusieurs gigawatts de capacités renouvelables, la Tunisie peine à réduire sa dépendance au gaz, tandis que l’Algérie commence à accélérer son programme solaire. Comparaison des résultats, des investissements et des obstacles à l’exécution.
Trois pays, des ambitions, mais des trajectoires différentes
À fin 2025, le Maroc disposait de 4 851 MW de capacités renouvelables selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), contre 1 206 MW en Tunisie et 601 MW en Algérie. Ces données harmonisées révèlent un écart considérable dans le déploiement des équipements.
Mais cette comparaison doit être complétée par une autre question : quelle quantité d’électricité ces installations produisent-elles réellement ?
Car un mégawatt installé n’équivaut pas à un mégawatt produit en permanence. L’ensoleillement, les vents, la disponibilité des équipements, les capacités de stockage et le fonctionnement du réseau déterminent la contribution effective des renouvelables.
C’est précisément sur ce terrain que se mesure la distance entre les plans nationaux et leurs résultats économiques.
Tunisie : des plans successifs, une dépendance persistante au gaz
La Tunisie avait élaboré son Plan solaire en 2012, avant de le réviser en 2015 autour d’un objectif de 30 % d’électricité renouvelable à l’horizon 2030. Une loi adoptée cette même année a ouvert davantage la production électrique aux opérateurs privés, selon différents régimes d’autorisation et de concession.
L’objectif national a ensuite été porté à 35 % pour 2030. Pourtant, la production électrique reste très majoritairement assurée par le gaz naturel.
Selon les données de l’Observatoire national de l’énergie et des mines relayées en septembre 2026, les renouvelables représentaient environ 9 % de la production électrique sur les sept premiers mois de 2026.
Le développement de capacités supplémentaires est engagé, mais les procédures, le foncier, les financements et les raccordements continuent de conditionner la réalisation des projets.
L’enjeu est d’autant plus important que le taux d’indépendance énergétique tunisien ne dépassait pas 32 % à fin août 2026, selon le ministère chargé de l’Énergie.
La transition électrique constitue donc aussi une question de sécurité énergétique, de dépenses en devises et de compétitivité industrielle.
Maroc : des investissements massifs, sans disparition des retards
Le Maroc présente la trajectoire la plus avancée des trois pays en matière de capacités renouvelables déployées.
Selon le bilan officiel de l’ONEE, 46,1 % de la puissance électrique installée du Royaume provenait de sources renouvelables fin 2025. Cet indicateur national repose sur un périmètre différent de celui de la série IRENA.
Entre 2009 et juin 2025, les investissements consacrés aux projets renouvelables ont totalisé 66 milliards de dirhams, d’après la Cour des comptes marocaine.
Ces moyens financiers n’ont pourtant pas supprimé les difficultés d’exécution. La Cour a relevé que les programmes solaire et éolien n’avaient pas atteint leurs objectifs de capacités installées de 2020 dans les délais prévus. Elle a également identifié des problèmes de coordination institutionnelle, des retards techniques et des difficultés liées au stockage.
Le contraste entre puissance installée et production réelle demeure révélateur : en 2024, les renouvelables ont assuré 26,7 % de la production électrique marocaine, selon la Cour des comptes, alors que leur part dans les capacités était déjà supérieure à 45 %.
Le Maroc progresse donc, mais sa transition exige encore des investissements dans la flexibilité du système électrique et le réseau.
CHIFFRES CLÉS
- 4 851 MW : capacités renouvelables du Maroc fin 2025, selon IRENA.
- 1 206 MW : capacités renouvelables de la Tunisie fin 2025, selon IRENA.
- 601 MW : capacités renouvelables de l’Algérie fin 2025, selon IRENA.
- 66 milliards de dirhams : investissements marocains dans les projets renouvelables entre 2009 et juin 2025, selon la Cour des comptes.
- 9 % : part renouvelable de la production électrique tunisienne sur janvier–juillet 2026.
- 15 000 MW : objectif solaire annoncé par l’Algérie pour 2035
Algérie : les ressources gazières et le défi du solaire
La trajectoire algérienne est différente. Grand producteur de gaz naturel, le pays dispose d’une base énergétique qui lui donne des contraintes économiques distinctes de celles de ses voisins.
Ses ambitions renouvelables ne sont pourtant pas nouvelles. Le programme national actualisé prévoyait 22 000 MW sur la période 2015-2030, dont plus de 4 500 MW avant 2020.
Les résultats ont longtemps été très éloignés de ces objectifs. À fin 2025, IRENA recensait seulement 601 MW renouvelables installés, soit 2,1 % de la capacité électrique totale dans son périmètre.
Toutefois, l’année 2026 marque une évolution à ne pas négliger. Le 26 octobre, l’Algérie a inauguré une centrale photovoltaïque de 300 MW à El-Oued. D’autres installations avaient également été mises en service pendant l’année, dans le cadre de la nouvelle trajectoire visant 15 000 MW solaires à l’horizon 2035.
Ces réalisations récentes montrent une accélération, sans permettre encore de conclure que l’ensemble du programme est sur les rails.
Le véritable indicateur : la capacité à exécuter
Les trois pays illustrent finalement trois réalités économiques.
Le Maroc a mobilisé des investissements importants et développé un parc renouvelable conséquent, mais doit encore convertir davantage de ses capacités en production effective.
La Tunisie a engagé de nombreuses réformes et annonces, sans parvenir jusqu’ici à transformer suffisamment vite son système électrique pour réduire sa dépendance au gaz.
L’Algérie, malgré ses ambitions anciennes, entre dans une phase plus visible de mise en service de centrales solaires.
Pour la Tunisie, l’enseignement ne consiste pas à reproduire mécaniquement un modèle voisin. Il est plutôt de suivre des indicateurs concrets : délais entre attribution et construction, financements effectivement bouclés, mégawatts raccordés, électricité renouvelable produite et économies énergétiques réellement constatées.
À l’approche de 2030, le nombre de plans annoncés importe moins que la quantité d’électricité qu’ils permettront effectivement de produire.
EN BREF
- Le Maroc affiche le parc renouvelable le plus important des trois pays, avec 4 851 MW recensés par IRENA à fin 2025.
- La Tunisie demeure fortement tributaire du gaz naturel, malgré les révisions successives de sa stratégie renouvelable et l’ouverture aux investisseurs privés.
- La Cour des comptes marocaine souligne que les investissements n’ont pas empêché certains retards de réalisation.
- En Algérie, de nouvelles centrales solaires mises en service en 2026 témoignent d’une accélération récente.
- Pour mesurer les progrès, il faut distinguer objectifs annoncés, capacités installées et production électrique effectivement réalisée.


