
Fabio Fava : le recyclage ne suffit plus
L’économie circulaire peut-elle devenir un véritable moteur industriel ? C’est l’une des questions qui traversent les interventions des dirigeants et scientifiques réunis à Ecomondo, du 3 au 6 novembre 2026, à Rimini, en Italie.
Dans un entretien accordé à La Repubblica le 4 novembre, Fabio Fava, président du comité technico-scientifique du salon, souligne un paradoxe italien : le pays dispose de performances élevées en matière de recyclage et de valorisation des matériaux, mais peine encore à traduire cet avantage en développement industriel durable.
Selon les chiffres qu’il présente, les investissements dans l’économie circulaire représentent 0,5 % du PIB italien, contre 0,8 % en moyenne dans l’Union européenne.
L’écart traduit, dans son analyse, une difficulté à franchir une étape décisive : passer des innovations mises au point dans les laboratoires et expérimentées sur des installations pilotes à leur déploiement industriel.
Parmi les domaines prioritaires figurent l’écoconception, qui intègre la réparation et le recyclage dès la conception des produits, les nouvelles technologies de traitement des plastiques et la récupération des métaux contenus dans les équipements électriques et électroniques.
Dans une autre intervention, rapportée le 3 novembre par Adnkronos, Fabio Fava souligne également les contraintes économiques auxquelles se heurte la transition écologique, dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les préoccupations liées au coût de la vie.
Corrado Peraboni : récupérer les matières premières pour réduire la dépendance
La question des ressources occupe également une place centrale dans les interventions de Corrado Peraboni, directeur général d’Italian Exhibition Group (IEG), organisateur d’Ecomondo.
Dans un entretien vidéo au Quotidiano Nazionale, il présente le recyclage comme une réponse à la dépendance italienne aux matières premières. Son raisonnement repose sur la nécessité de récupérer dans les déchets une partie des ressources que le pays ne possède pas naturellement.
Cette orientation rejoint ses déclarations rapportées par Adnkronos : selon lui, la transition écologique doit aussi devenir économiquement avantageuse pour les entreprises et les ménages, plutôt que reposer uniquement sur des obligations réglementaires.
Derrière cette position apparaît une évolution du discours industriel : la valorisation des déchets n’est plus seulement présentée comme une réponse environnementale, mais aussi comme un moyen de sécuriser les approvisionnements, de limiter les pertes de ressources et d’améliorer l’efficacité de la production.
Un salon qui renforce sa dimension internationale
Cette ambition se reflète dans le développement d’Ecomondo.
Dans une déclaration à Adnkronos le 5 novembre, Alessandra Astolfi, responsable de la division Green & Technology d’IEG, fait état de 1 850 marques exposantes et d’une occupation de 171 000 m² du parc des expositions de Rimini.
Ces données, communiquées avant la clôture, illustrent la dimension prise par la manifestation, sans constituer un bilan définitif de fréquentation.
L’internationalisation constitue un autre axe majeur. Le communiqué d’ouverture d’IEG annonce une progression de 19 % des marques exposantes étrangères par rapport à 2025. Corrado Peraboni avait, pour sa part, évoqué une hausse de 15 % des exposants internationaux auprès d’Adnkronos. Les périmètres de ces deux indications ne sont pas suffisamment précisés pour les rapprocher.
Dans son intervention d’ouverture, le 3 novembre, Maurizio Renzo Ermeti, président d’IEG, présente le salon comme un espace de rencontre entre entreprises, chercheurs et institutions. Le groupe entend poursuivre ses investissements dans la manifestation, sans montant annoncé dans les éléments disponibles.
Quels enjeux industriels et méditerranéens ressortent d’Ecomondo 2026 ?
Ecomondo 2026 met en évidence la nécessité de transformer les technologies de recyclage et de réutilisation des ressources en activités industrielles compétitives. Les dirigeants et experts interrogés soulignent également les enjeux liés aux matières premières, à l’eau et aux partenariats internationaux, notamment avec la Tunisie.
La Tunisie et le Maghreb dans les perspectives de coopération
La dimension méditerranéenne apparaît particulièrement dans les interventions d’Alessandra Astolfi.
Interrogée par l’agence TAP le 5 novembre, elle présente la Tunisie comme un partenaire important pour plusieurs filières de l’économie circulaire : recyclage des plastiques, valorisation des métaux, traitement des résidus agricoles et récupération des matières contenues dans les déchets électriques et électroniques.
Ces déclarations, déjà relayées par WMC, prennent une dimension supplémentaire à la lumière des autres entretiens publiés pendant le salon : l’intérêt des coopérations ne se limite pas aux échanges commerciaux, mais concerne aussi les technologies, les projets industriels et la recherche.
Fabio Fava souligne ainsi, auprès de la TAP, les possibilités offertes aux chercheurs et établissements tunisiens par leur participation aux programmes européens de recherche et d’innovation, notamment Horizon Europe.
La présence de 40 entreprises tunisiennes à cette édition, dont 14 parmi les acheteurs internationaux invités selon les informations recueillies par la TAP, donne une traduction concrète à ces échanges.
Dans un entretien vidéo accordé à Aujourd’hui le Maroc, Alessandra Astolfi met également en avant la position du Royaume à l’intersection des marchés européens, méditerranéens et africains.
L’enjeu commun, pour les partenaires maghrébins, est désormais de transformer ces contacts en coopérations technologiques et industrielles effectives. Les entretiens consultés ne permettent toutefois pas d’établir la signature de nouveaux accords ou le montant d’investissements qui en découleraient.
L’eau, autre chantier de l’économie circulaire
Au-delà des déchets solides, la réutilisation de l’eau occupe une place importante dans les discussions.
Dans un reportage diffusé le 5 novembre par la télévision publique serbe RTS, selon les éléments du corpus documentaire, Francesco Fatone, coordinateur du volet eau du comité scientifique d’Ecomondo, présente l’expérience ARETUSA, en Toscane.
Il lui attribue une économie d’environ deux millions de mètres cubes d’eau souterraine par an grâce à la réutilisation des eaux usées traitées dans l’industrie. Ce chiffre reste à confirmer à partir de la source audiovisuelle originale ou des données du projet.
L’exemple illustre néanmoins l’intérêt industriel du traitement et de la réutilisation des eaux : réduire les prélèvements dans les ressources naturelles et développer de nouveaux usages pour une eau déjà traitée.
Cette logique apparaît également dans les installations du parc des expositions de Rimini. Carlo Costa, responsable corporate d’IEG, explique à Adnkronos que l’eau récupérée est utilisée pour l’arrosage et évoque un projet de modernisation des équipements photovoltaïques.
Aucun montant d’investissement ni gain énergétique chiffré ne permet, à ce stade, d’évaluer les résultats attendus de cette modernisation.
De la technologie au marché : le véritable test
À travers ces différentes prises de parole, un même enjeu économique se dégage : disposer de procédés de recyclage, de récupération des matières premières ou de réutilisation de l’eau ne suffit pas à garantir leur généralisation.
Encore faut-il pouvoir les financer, les intégrer dans les chaînes de production et démontrer leur intérêt économique.
Pour la Tunisie, les perspectives évoquées à Rimini concernent des secteurs déjà présents dans les échanges avec les partenaires européens, mais leur concrétisation dépendra des projets, des partenariats et des investissements effectivement engagés.
C’est sur ce passage des possibilités technologiques aux réalisations industrielles que se mesurera la portée économique des coopérations mises en avant à Ecomondo 2026.
CHIFFRES CLÉS
- 3 au 6 novembre 2026 : dates de la 29e édition d’Ecomondo à Rimini.
- 1 850 : marques exposantes annoncées par Alessandra Astolfi le 5 novembre.
- 171 000 m² : surface du parc des expositions annoncée dans la même déclaration.
- 0,5 % du PIB : investissements italiens dans l’économie circulaire, contre 0,8 % en moyenne dans l’UE, selon Fabio Fava.
- 40 : entreprises tunisiennes participantes, dont 14 acheteurs invités, selon la TAP.
- Environ 2 millions de m³/an : économie d’eau souterraine attribuée au projet ARETUSA par Francesco Fatone, chiffre restant à corroborer.


