Avec une production attendue à 300 000 tonnes pour la campagne 2026-2027, contre environ 500 000 tonnes la saison précédente, la Tunisie aborde une campagne oléicole délicate. Alors que les perspectives européennes annoncent une offre abondante, les producteurs et exportateurs tunisiens pourraient subir une double pression : moins de volumes disponibles et une concurrence accrue sur les marchés internationaux.

Tunisie : une récolte amputée de 40 %

Les perspectives de la nouvelle campagne oléicole tunisienne se précisent. Selon les estimations professionnelles réaffirmées le 2 novembre 2026 par Mouldi Ramdhani, représentant du Conseil national de l’huile d’olive, la production devrait atteindre environ 300 000 tonnes, contre 500 000 tonnes lors de la campagne précédente.

Cette contraction de 40 %, encore prévisionnelle, s’expliquerait notamment par les difficultés rencontrées dans les oliveraies pluviales, auxquelles s’ajoutent les contraintes de financement et les problèmes phytosanitaires.

La baisse attendue intervient après une campagne particulièrement dynamique, marquée par des exportations estimées à 399 000 tonnes jusqu’à fin septembre 2026.

L’Europe s’oriente vers une production abondante

À l’échelle méditerranéenne, les perspectives sont sensiblement différentes.

Selon les estimations préliminaires du Conseil oléicole international, publiées fin octobre, la production de l’Union européenne pourrait approcher 2,4 millions de tonnes pour 2026-2027.

L’Espagne conserverait sa position dominante avec environ 1,6 million de tonnes, devant la Grèce (300 000 tonnes), l’Italie (280 000 tonnes) et le Portugal (195 000 tonnes).

Cette abondance relative pourrait renforcer la concurrence entre pays producteurs, notamment sur les marchés européens où la Tunisie écoule une part importante de son huile d’olive.

Des prix très différents selon les origines

Les premières indications du marché illustrent cette fragmentation.

En Italie, les cours de l’huile d’olive nouvelle atteignaient 5,05 euros le kilogramme à Bari, selon une référence datée du 26 octobre. À Foggia, ils s’établissaient autour de 4,80 euros.

Parallèlement, certaines offres portugaises étaient signalées entre 3,30 et 3,60 euros le kilogramme.

Ces écarts reflètent des différences de qualité, d’origine et de disponibilité. Ils ne constituent pas des prix directement comparables pour toutes les transactions.

Le marché méditerranéen ne présente donc pas une évolution uniforme. Les premières huiles italiennes bénéficient d’une prime liée à leur disponibilité limitée, tandis que les perspectives d’une production plus importante dans plusieurs pays européens pourraient peser sur les négociations commerciales.

Quel impact sur les exportations tunisiennes ?

Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse la seule quantité produite.

Une récolte réduite pourrait limiter les volumes exportables, mais son incidence sur les recettes dépendra également des cours internationaux, des stocks disponibles et de la capacité des opérateurs à mieux valoriser leur production.

La commercialisation en vrac, encore importante dans la filière tunisienne, expose particulièrement les exportateurs aux fluctuations des prix internationaux.

Le développement de l’huile conditionnée, des marques tunisiennes et des débouchés à plus forte valeur ajoutée pourrait contribuer à atténuer cette vulnérabilité.

La campagne 2026-2027 s’annonce ainsi comme un test pour la filière oléicole tunisienne : préserver ses recettes dans un environnement où la rareté nationale ne garantit pas une hausse des prix internationaux.

CHIFFRES CLÉS

  • 300 000 tonnes : production tunisienne prévue en 2026-2027.
  • −40 % : recul estimé par rapport à la campagne précédente.
  • 2,4 millions de tonnes : production européenne attendue.
  • 1,6 million de tonnes : production espagnole prévue.
  • 399 000 tonnes : exportations tunisiennes rapportées à fin septembre 2026.