Face à la progression du cancer du sein en Tunisie, le dépistage précoce, l’accès aux soins dans les régions intérieures et la réduction des délais entre le diagnostic et le traitement constituent des priorités. Ces enjeux ont été au cœur d’une table ronde organisée par Roche Tunisie dans le cadre de la première édition des Roche Health Dialogue Series, consacrée au renforcement du parcours des patientes. La télémédecine et les outils numériques ouvrent également de nouvelles perspectives pour améliorer la coordination des soins et faciliter l’accès au diagnostic.
Comment renforcer le parcours des femmes atteintes d’un cancer du sein en Tunisie, depuis le dépistage jusqu’au traitement, tout en améliorant leur accompagnement ? C’est autour de cette question que s’est articulée la table ronde « Cancer du sein en Tunisie : renforcement du parcours patient », organisée par Roche Tunisie dans le cadre de la première édition des Roche Health Dialogue Series. La rencontre a réuni la Pr Henda Rais, cheffe du service d’oncologie médicale à l’Institut Salah Azaïez, la Pr Habiba Mizouni, cheffe du service de radiologie à l’hôpital La Rabta, et le Pr Jamel Daoud, professeur en radiothérapie et représentant de l’association Dar Al Amal. Les échanges ont porté sur l’état des lieux de la maladie en Tunisie, l’importance du dépistage et du diagnostic précoce, la coordination des différentes étapes de la prise en charge et le rôle de l’accompagnement psychologique et social.
Au-delà de la sensibilisation, un constat s’impose : la rapidité du diagnostic et l’accès au traitement sont déterminants dans le parcours des patientes. Le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez la femme en Tunisie. Selon les chiffres estimatifs évoqués lors des échanges, plus de 4 000 nouveaux cas sont enregistrés chaque année, avec une tendance à la hausse. Cette évolution s’explique notamment par le vieillissement de la population, mais aussi par une meilleure sensibilisation, le recours accru aux examens de dépistage et les progrès du diagnostic.
« Dans le domaine du cancer du sein, la chose la plus importante est le temps », a rappelé la Pr Habiba Mizouni, soulignant l’importance de réduire les délais à chaque étape du parcours, de la détection d’une anomalie à l’instauration du traitement adapté.
Détecter tôt pour mieux traiter
L’échographie mammaire et la mammographie occupent une place importante dans le dépistage et le diagnostic du cancer du sein. Les femmes sont encouragées à consulter leur médecin afin de déterminer les examens adaptés à leur âge et à leur situation. En présence d’un signe inhabituel, il est essentiel de ne pas retarder la consultation.
Les échanges ont également mis en évidence l’importance de ne pas laisser la peur constituer un obstacle au dépistage. Lorsqu’il est détecté à un stade précoce, le cancer du sein peut bénéficier d’une prise en charge plus favorable. L’objectif est donc de renforcer l’information des femmes, de faciliter l’accès aux examens et de promouvoir le diagnostic précoce.
Si l’âge constitue un facteur de risque important, la maladie peut également toucher des femmes plus jeunes, notamment avant 40 ans, voire avant 30 ans. Les antécédents familiaux et certaines prédispositions génétiques doivent aussi être pris en considération dans l’évaluation individuelle du risque.
La prévention passe par ailleurs par la promotion de modes de vie plus actifs et par la sensibilisation aux facteurs associés au risque de cancer, notamment le surpoids et la sédentarité.
Dar Al Amal : un accompagnement au-delà des soins médicaux
Le parcours des patientes ne se limite pas aux examens et aux traitements. Les difficultés sociales et financières, en particulier pour les personnes qui doivent se déplacer loin de leur domicile afin d’accéder à des soins spécialisés, peuvent également compliquer la prise en charge.
Pour les patientes venant notamment des régions du Sud, les frais de séjour et les difficultés d’hébergement représentent parfois un obstacle supplémentaire. C’est pour répondre à cette réalité que l’association Dar Al Amal a été créée par quatre médecins en 1995. Le constat de départ était celui de patients souvent démunis, venus de loin et confrontés à des difficultés pour poursuivre leur traitement faute de moyens et de solutions d’hébergement à proximité des établissements de soins.
Après l’acquisition d’un terrain et la mise en place du projet, le centre d’hébergement a commencé à accueillir des patients en 2001. Depuis, environ 7 500 patients et accompagnants y ont séjourné, représentant près de 120 000 nuitées. L’association leur propose un hébergement et des repas dans un cadre conçu pour favoriser le confort et les échanges. Au-delà d’un simple lieu de séjour, Dar Al Amal entend offrir un environnement convivial, où les personnes accueillies peuvent partager leur quotidien et se soutenir mutuellement pendant cette période difficile.
Cette initiative illustre l’importance de l’accompagnement social dans le parcours thérapeutique. Elle rappelle que la continuité des soins dépend aussi de la capacité des patientes à surmonter les difficultés pratiques liées à leur traitement.
La télémédecine pour rapprocher les soins des régions intérieures
La réduction des inégalités territoriales constitue un autre enjeu majeur abordé lors des échanges. À cet égard, un projet associant le Centre de santé numérique de Tozeur et l’Hôpital numérique de Tunis prévoit le recours à la télémédecine et à l’intelligence artificielle pour faciliter le dépistage et le diagnostic du cancer du sein dans les régions intérieures.
L’objectif est de rapprocher les services de santé des femmes en s’appuyant notamment sur les technologies d’imagerie médicale et l’expertise à distance. Le dispositif doit contribuer à améliorer l’accès à l’interprétation des examens et à réduire les délais nécessaires à l’obtention d’un diagnostic.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’une expérience de télémédecine en imagerie médicale. Depuis le 1er octobre 2025, l’Hôpital numérique répondrait à 100 % des besoins des hôpitaux régionaux en matière d’interprétation des examens de scanner et d’IRM, selon les chiffres communiqués lors de la table ronde. Plus de 120 000 examens auraient ainsi été pris en charge dans ce cadre. L’ambition est désormais de s’appuyer sur cette expérience pour développer progressivement le dispositif et étendre sa couverture à d’autres établissements régionaux.
Réduire les délais à chaque étape du parcours
La disponibilité des examens ne suffit toutefois pas, à elle seule, à garantir une prise en charge rapide. L’organisation du parcours de soins est tout aussi déterminante, depuis la suspicion d’un cancer jusqu’à l’accès au traitement. Lorsqu’un examen fait suspecter un cancer, la patiente doit pouvoir accéder rapidement aux investigations complémentaires, notamment à une biopsie si elle est indiquée, puis au traitement adapté : chirurgie, chimiothérapie ou radiothérapie, selon sa situation médicale.
Parmi les objectifs évoqués figure la réduction à une semaine, voire dix jours au maximum, du délai d’accès à la biopsie dans le parcours envisagé. La rapidité de l’orientation vers le traitement constitue également une priorité.
La numérisation des dossiers et le développement du portail de santé « Sahatouna », présenté comme un outil porté par le ministère de la Santé, doivent contribuer à améliorer la circulation de l’information. Accessible sur smartphone, ce portail a vocation à permettre aux patientes de consulter leurs rendez-vous, les résultats de leurs examens d’imagerie et des contenus éducatifs pour mieux comprendre leur état de santé et les étapes de leur prise en charge.
L’enjeu est de construire un parcours coordonné, dans lequel les différentes étapes s’enchaînent sans retards évitables et où la patiente dispose des informations nécessaires pour participer activement à ses soins.
Une mobilisation collective indispensable
Le renforcement du parcours des patientes suppose une mobilisation associant les professionnels de santé, les établissements hospitaliers, les associations et les acteurs engagés dans la sensibilisation. Il nécessite également une meilleure information des femmes sur le dépistage et une organisation permettant de transformer une suspicion en diagnostic, puis en traitement, dans les meilleurs délais.
En réunissant des expertises complémentaires autour de ces questions, la première édition des Roche Health Dialogue Series a permis d’aborder plusieurs dimensions du parcours patient : le diagnostic précoce, la coordination des soins, les inégalités d’accès aux services de santé et l’accompagnement psychologique et social.
Rapprocher les examens des régions intérieures, réduire les délais de prise en charge et soutenir les patientes tout au long de leur parcours sont autant de leviers pour améliorer l’accès aux soins.
Car, face au cancer du sein, détecter tôt est essentiel. Mais permettre à chaque patiente d’accéder rapidement au diagnostic et au traitement dont elle a besoin l’est tout autant.



