Le dollar a franchi mardi 6 octobre le seuil de 3 dinars sur le marché interbancaire, selon des données de la Banque centrale de Tunisie reprises par IlBoursa. Plus que le chiffre rond, c’est la durée du mouvement qui déterminera son impact sur la facture des importations tunisiennes.
Un dollar pour plus de 3 dinars. Le seuil est surtout symbolique, mais il remet au premier plan une question très concrète pour l’économie tunisienne : combien coûte un billet vert plus cher lorsque le pays doit régler en dollars une partie de ses achats extérieurs ?
Selon IlBoursa, qui cite les données de la BCT, ce niveau n’avait plus été atteint depuis le 16 mai 2025. À fin juillet 2026, le dollar valait encore environ 2,9375 TND et le dinar avait perdu 1,3 % depuis janvier face à la devise américaine.
L’énergie en première ligne
Le premier canal à surveiller est l’énergie. Les dernières données de l’INS montrent que le déficit commercial énergétique tunisien atteignait 8 930,2 MD durant les huit premiers mois de 2026, contre 7 148 MD un an auparavant. Sur la même période, les importations de produits énergétiques ont augmenté de 28,5 %.
Lorsque des achats énergétiques sont facturés en dollars, une appréciation du billet vert augmente, toutes choses égales par ailleurs, leur contre-valeur en dinars. Mais l’impact final dépend également des cours internationaux, des volumes importés et des mécanismes nationaux de prix et de compensation.
Céréales et équipements également exposés
Le même mécanisme concerne les marchandises effectivement achetées en dollars : certaines matières premières, céréales, composants et équipements industriels. L’Office des céréales publie d’ailleurs ses valeurs d’importation à la fois en dollars et en dinars, confirmant l’exposition directe de cette catégorie d’achats au taux de change.
La question est d’autant plus importante que les importations tunisiennes ont atteint 62 525,4 MD sur les huit premiers mois de 2026, en hausse de 11,6 % sur un an.
La dette constitue un autre canal. La loi de finances 2026 prévoit 9 513 MD de service de la dette extérieure, mais cette somme couvre plusieurs devises : elle ne doit donc pas être assimilée à une exposition intégrale au dollar.
Le passage de 2,99 à 3,00 TND ne suffit donc pas à caractériser une crise de change. L’enjeu sera de savoir si le mouvement dure : pour les entreprises comme pour les finances publiques, la tendance compte davantage que le chiffre rond.
Chiffres clés
- > 3 TND pour 1 USD le 6 octobre 2026 selon IlBoursa citant la BCT ;
- 2,9375 TND à fin juillet ;
- 8 930,2 MD de déficit énergétique à fin août ;
- 62 525,4 MD d’importations sur huit mois ;
- +11,6 % d’importations sur un an ;
- 9 513 MD de service de dette extérieure prévu par la LF 2026.


