Avec une croissance estimée à 3,9 % en 2025 et projetée à 3,8 % en 2026, l’économie algérienne conserve une dynamique soutenue. Le diagnostic du FMI publié le 21 septembre est toutefois beaucoup plus contrasté : déficits budgétaires élevés, hausse de la dette et recul des réserves réduisent progressivement les marges de manœuvre du pays.
La croissance reste l’un des points forts de l’économie algérienne. Après 3,7 % en 2024, le PIB réel aurait progressé de 3,9 % en 2025, porté notamment par l’investissement. Pour 2026, le FMI prévoit encore 3,8 %, dont 4,0 % pour l’activité hors hydrocarbures.
Mais cette dynamique s’accompagne de déséquilibres que le Fonds juge importants. Le déficit budgétaire, après avoir atteint 14,0 % du PIB en 2024, est estimé à 10,5 % en 2025. Son recul a notamment bénéficié de versements ponctuels élevés de dividendes provenant d’entreprises publiques et de la Banque d’Algérie. Le FMI prévoit encore un déficit de 9,6 % en 2026.
Une dette appelée à augmenter dans le scénario du FMI
Ces besoins de financement se répercutent sur la dette publique. La dette brute des administrations publiques, hors garanties, passe selon les estimations du FMI de 48,1 % du PIB en 2024 à 52,1 % en 2025. Elle atteindrait 53,2 % en 2026 puis progresserait jusqu’à 79,0 % du PIB en 2031 dans le scénario de référence des services du Fonds.
Le financement de l’État par la banque centrale constitue un autre point de vigilance. Le flux correspondant est estimé à 3,7 % du PIB en 2025 et projeté à 5,5 % en 2026. Le Conseil d’administration du FMI recommande de limiter le financement monétaire aux circonstances exceptionnelles et estime que la politique monétaire devrait être resserrée si les tensions inflationnistes s’élargissent.
Que dit le FMI sur l’économie algérienne en 2026 ?
Le FMI prévoit une croissance réelle de 3,8 % en 2026, mais souligne la persistance d’un déficit budgétaire élevé, le recours au financement monétaire et l’érosion des réserves. Il recommande une consolidation budgétaire progressive, davantage de flexibilité du change et la poursuite des réformes structurelles.
Les réserves, deuxième ligne de fragilité
Le retournement extérieur observé en 2025 est marqué. Le compte courant, déficitaire de 1,1 % du PIB en 2024, aurait plongé à -8,9 % en 2025, sous l’effet notamment d’une forte hausse des importations et d’un recul des exportations d’hydrocarbures. Le FMI prévoit toutefois une nette réduction du déficit courant en 2026, à 1,9 % du PIB, favorisée par la hausse des prix des hydrocarbures et la baisse des importations.
Cette dégradation extérieure affecte les réserves officielles. Elles sont passées de 70,6 milliards de dollars en 2023 à 68,9 milliards en 2024, puis sont estimées à 51,0 milliards en 2025. Dans les projections du FMI, elles diminueraient encore à 46,5 milliards en 2026 et jusqu’à 19,8 milliards de dollars en 2031. Leur couverture passerait de 11,1 mois d’importations de biens et services de l’année suivante en 2024 à 3,3 mois en 2031.
Chiffres clés
- 3,9 % : croissance réelle estimée en 2025.
- 3,8 % : croissance projetée en 2026.
- 10,5 % du PIB : déficit budgétaire estimé en 2025.
- 52,1 % du PIB : dette publique brute estimée en 2025.
- 51,0 Mds $ : réserves officielles estimées en 2025.
- 19,8 Mds $ : réserves projetées en 2031.
Les hydrocarbures offrent un répit à court terme
Le FMI ne décrit cependant pas une économie engagée dans une dégradation uniforme. Il juge les perspectives à court terme « globalement positives ». La hausse des recettes d’hydrocarbures améliore l’horizon immédiat et offre, selon l’institution, une possibilité de reconstituer les marges de sécurité.
L’institution souligne également les efforts de diversification de l’Algérie. Mais à moyen terme, elle prévoit une modération de la croissance : celle-ci passerait à 3,1 % en 2027 puis se situerait autour de 3 % ou légèrement en dessous jusqu’en 2031 dans son scénario.
Pour le FMI, la réduction des vulnérabilités passe notamment par une consolidation budgétaire progressive, une mobilisation accrue des recettes hors hydrocarbures, une amélioration de l’efficacité de l’investissement public et une rationalisation des dépenses. Concernant les subventions énergétiques, le Fonds préconise une réforme graduelle accompagnée d’un soutien ciblé aux ménages vulnérables. Il recommande également davantage de flexibilité du taux de change.
Le tableau qui ressort du rapport est donc double : une économie qui continue de croître à un rythme robuste à court terme, mais dont les marges financières se réduisent. La capacité à utiliser l’amélioration des recettes d’hydrocarbures pour reconstituer ces amortisseurs et poursuivre la diversification constitue ainsi l’un des principaux enjeux de la trajectoire algérienne.
En bref
Le FMI estime que l’Algérie conserve une croissance robuste, à 3,9 % en 2025 et 3,8 % projetés en 2026. Mais cette performance coexiste avec d’importants déséquilibres : déficit budgétaire élevé, recours accru au financement de la banque centrale et recul des réserves. Dans le scénario du Fonds, la dette publique atteindrait 79 % du PIB et les réserves 19,8 milliards de dollars en 2031. Le FMI recommande une consolidation budgétaire progressive, des réformes structurelles et davantage de flexibilité du taux de change.


