Les coupures d’électricité et les difficultés d’approvisionnement en carburant imposent de nouveaux coûts aux petites entreprises libyennes. Faute de courant, certaines doivent fonctionner avec des groupes électrogènes alimentés par un diesel acheté beaucoup plus cher sur le marché informel.

Pour nombre d’entreprises libyennes, l’électricité n’est plus seulement une charge courante : elle devient un risque opérationnel. Une enquête publiée par Reuters le 17 septembre décrit des restaurants, commerces et ateliers confrontés à des coupures prolongées et contraints de produire eux-mêmes une partie de leur électricité.

À Qasr Bin Ghashir, dans la périphérie de Tripoli, un restaurateur interrogé par Reuters fait état de coupures pouvant atteindre 36 heures. Il estime dépenser environ 10 000 dinars libyens par jour, soit près de 1 600 dollars, pour alimenter ses groupes électrogènes. Il évalue également ses pertes à 40 000 dollars en quelques mois. Ces chiffres concernent une entreprise précise et ne peuvent être extrapolés à l’ensemble des PME.

Une crise qui relie gaz, électricité et carburants

La fragilité du système électrique ne dépend pas d’un seul facteur. La baisse de disponibilité du gaz, les pénuries de combustible et les contraintes pesant sur le réseau réduisent les marges de manœuvre des centrales. Lorsque le gaz manque, le recours aux combustibles liquides augmente, accentuant la pression sur un marché des carburants déjà tendu.

La Libye reste parallèlement très dépendante des importations. La Cour des comptes a chiffré à 6,122 milliards de dollars le coût des carburants importés entre janvier et juillet 2026.

À cette dépendance s’ajoute la contrebande. The Sentry estime à environ 6,7 milliards de dollars la valeur des carburants détournés en 2024. Ce chiffre constitue une estimation et non une perte officielle constatée en 2026.

Pour les PME, le résultat est immédiat : hausse du coût de l’énergie, stocks menacés, fermetures ponctuelles et activité réduite. Mais le coût économique national reste ND : aucune statistique consolidée ne permet encore de mesurer les pertes totales provoquées par les délestages.


Pourquoi la Libye importe-t-elle du carburant ?

La Libye est un important producteur et exportateur de pétrole brut, mais elle ne dispose pas de capacités de raffinage suffisantes pour couvrir ses besoins en carburants. Plusieurs raffineries sont vieillissantes, sous-utilisées ou à l’arrêt après des années de conflits et de sous-investissement. Le pays exporte donc du brut tout en important de l’essence, du diesel et d’autres produits raffinés. Cette dépendance est aggravée par les besoins des centrales électriques en combustibles liquides lorsque le gaz manque, ainsi que par les détournements de carburants subventionnés vers les circuits de contrebande. Le paradoxe est donc avant tout industriel.