La Tunisie aurait enregistré en huit ans une chute spectaculaire de sa fécondité et de ses naissances. Derrière ce basculement démographique apparaît une question beaucoup plus économique : avec moins de futurs actifs et une population vieillissante, comment évolueront demain les équilibres de la protection sociale et des retraites ?
La donnée dépasse largement le champ de la médecine reproductive. Selon des chiffres de l’Institut national de la statistique rapportés samedi par La Presse, l’indice synthétique de fécondité est passé de 2,4 enfants par femme en 2016 à 1,5 en 2024.
Dans le même temps, le nombre annuel de naissances est passé de 219 441 à 126 401. Cela représente 93 040 naissances de moins, soit une baisse de 42,4 % en huit ans selon le calcul de WMC. Le taux de natalité aurait parallèlement reculé de 19,4 à 10,6 pour mille.
Une rupture démographique déjà visible
La tendance est corroborée par les travaux publiés en mai 2026 par l’Institut national d’études démographiques. L’INED situe l’indice tunisien à 1,58 enfant par femme en 2023 et estime qu’il pourrait avoir atteint 1,53 en 2024.
La question n’est donc plus seulement celle du nombre d’enfants par famille. Une baisse durable des naissances finit, avec un décalage de plusieurs décennies, par modifier la structure par âge de la population.
Moins de naissances aujourd’hui signifie potentiellement moins d’entrants sur le marché du travail demain. Parallèlement, le vieillissement augmente le poids relatif des classes d’âge plus élevées.
Le deuxième signal : 330 000 cas de démence en 2050 ?
Un autre indicateur donne la mesure du défi. Les projections du Global Burden of Disease évoquées cette semaine en Tunisie évaluent à environ 330 000 le nombre de personnes qui pourraient vivre avec une démence en 2050, contre environ 95 000 en 2019.
Il faut distinguer les deux données : la baisse des naissances est une évolution démographique observée, tandis que les 330 000 cas de démence constituent une projection sanitaire assortie d’incertitudes.
Mais leur rapprochement dessine un même enjeu de planification : celui d’une Tunisie susceptible de compter proportionnellement moins de jeunes et davantage de personnes âgées nécessitant retraites, soins ou accompagnement.
…
Pourquoi la baisse de la fécondité peut-elle affecter les retraites en Tunisie ? Une baisse durable des naissances peut réduire à terme les générations entrant sur le marché du travail alors que le vieillissement augmente le nombre de personnes âgées. L’effet exact sur les retraites dépend toutefois aussi de l’emploi, des salaires, des migrations, de l’informalité et des règles des régimes sociaux.
…
Et les retraites ?
C’est ici que le sujet devient économique.
Si la population en âge de travailler se contracte à terme relativement à la population âgée, la question du rapport entre cotisants et bénéficiaires des systèmes sociaux devient centrale. Mais les chiffres de fécondité ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer l’effet futur sur les finances de la CNSS ou de la CNRPS.
Emploi, chômage, salaires déclarés, taux d’activité, migration, informalité, règles de cotisation et paramètres des régimes pèseront également sur l’équation.
La chute des naissances constitue donc moins un verdict sur les retraites qu’un signal d’alerte de long terme. La prochaine étape consiste à mesurer précisément comment cette nouvelle démographie modifiera la population active et le ratio entre cotisants et bénéficiaires.
Car les enfants qui ne naissent plus aujourd’hui sont aussi, dans vingt ou trente ans, des actifs potentiels en moins. C’est désormais cette équation démographique, économique et sociale que la Tunisie doit commencer à chiffrer.
Chiffres clés
- 2,4 → 1,5 enfant par femme entre 2016 et 2024, selon les données INS rapportées par La Presse.
- 219 441 → 126 401 naissances annuelles.
- 93 040 naissances de moins en huit ans.
- −42,4 % : baisse calculée par WMC du nombre annuel de naissances.
- 19,4 ‰ → 10,6 ‰ : évolution rapportée du taux de natalité.
- ≈330 000 personnes atteintes de démence en 2050 : projection, et non prévision certaine.


