
Le signal est sérieux.
En Arabie saoudite, trois stations de pompage de l’oléoduc Est-Ouest ont été endommagées. Cette infrastructure est stratégique précisément parce qu’elle permet d’acheminer du pétrole vers la mer Rouge en contournant le détroit d’Ormuz.
Selon les informations disponibles, cet oléoduc transportait récemment 4 à 5 millions de barils par jour, soit environ 4 à 5 % de l’offre mondiale.
Autrement dit, le conflit menace désormais non seulement les grandes routes énergétiques, mais aussi certaines des solutions prévues pour les contourner.
Le baril à plus de 100 dollars n’est que le premier signal
Le Brent a clôturé vendredi 18 septembre à 104,87 dollars le baril, tandis que le WTI américain terminait à 100,30 dollars.
Ces niveaux sont importants. Mais ils ne racontent encore qu’une partie de l’histoire.
Le véritable danger serait l’installation d’une perturbation durable des approvisionnements.
Car l’équation est redoutablement simple : pétrole plus cher, transport plus coûteux, production renchérie, pression supplémentaire sur les prix. Puis vient le dilemme des banques centrales : combattre une nouvelle poussée inflationniste au risque de freiner davantage l’activité.
C’est ainsi qu’une attaque contre une infrastructure située à des milliers de kilomètres peut finir par affecter une entreprise industrielle, un transporteur ou le pouvoir d’achat d’un ménage ailleurs dans le monde.
Les économies régionales en première ligne
Le paradoxe est particulièrement fort pour les producteurs du Golfe.
La hausse du pétrole peut augmenter la valeur de chaque baril vendu. Mais encore faut-il pouvoir l’exporter.
Des infrastructures endommagées, des routes maritimes perturbées et des livraisons retardées peuvent réduire l’avantage procuré par des cours élevés. L’activité non pétrolière peut également souffrir de l’incertitude et des perturbations logistiques.
Pour les pays importateurs d’énergie, le risque est plus immédiat encore : facture pétrolière alourdie, pression sur les devises, finances publiques davantage sollicitées et inflation importée.
Les économies disposant de peu de marges budgétaires sont naturellement les plus vulnérables.
Le monde doit désormais regarder la durée, pas seulement le baril
Il serait prématuré d’annoncer un nouveau choc pétrolier mondial. Tout dépendra de l’ampleur réelle des dommages, de la capacité de réparation, des stocks disponibles et surtout de la durée des perturbations.
Mais le seuil d’alerte est franchi.
Lorsque les infrastructures destinées à sécuriser et diversifier les exportations deviennent elles-mêmes des cibles, la question n’est plus uniquement : jusqu’où montera le pétrole ?
Elle devient : combien de temps l’économie mondiale peut-elle absorber cette tension sans que l’énergie ne transforme une guerre régionale en choc économique global ?
C’est désormais cette horloge qu’il faut surveiller.
Chiffres clés
- 104,87 dollars : clôture du Brent le 18 septembre.
- 100,30 dollars : clôture du WTI.
- 4 à 5 millions de barils/jour : flux récent de l’oléoduc Est-Ouest saoudien.
- 4 à 5 % : équivalent approximatif de l’offre pétrolière mondiale représenté par ce flux.
- 25 à 30 % : part du pétrole mondial transitant normalement par Ormuz selon le FMI.
- 20 % : part du GNL mondial transitant normalement par le détroit selon le FMI.


