Hormuz sous forte contrainte, Bab el-Mandeb davantage exposé, oléoduc saoudien de contournement temporairement fermé : le risque pétrolier change de nature. Pour la Tunisie, surveiller le Brent ne suffit plus. Il faut désormais regarder combien coûte un baril réellement livré — et s’il peut l’être sans rupture.
Le signal est sérieux. La crise énergétique autour de la péninsule Arabique ne touche plus seulement le prix du brut : elle gagne les routes qui permettent de l’acheminer.
L’Arabie saoudite a temporairement fermé, par précaution, son East-West Pipeline après une attaque. Long d’environ 1 200 km, cet oléoduc permet de transporter le brut des champs orientaux vers Yanbu, sur la mer Rouge, en contournant le détroit d’Ormuz. Il acheminait récemment 4 à 5 millions de barils par jour, soit 4 % à 5 % de l’offre mondiale selon les données citées par Reuters.
Mais la sortie par la mer Rouge est elle-même sous pression. Les Houthis ont pris l’île stratégique de Perim, à l’entrée de Bab el-Mandeb, selon quatre sources du gouvernement yéménite citées par Reuters.
Résultat : les voies de contournement deviennent elles aussi vulnérables.
Le marché du fret donne déjà la mesure du stress. Le tarif des VLCC entre le Golfe d’Oman et la Chine a atteint environ Worldscale 450, soit près de 11,50 dollars par baril transporté, un record pour cette référence.
Ce chiffre n’est pas le coût du fret tunisien. Mais il constitue un puissant signal d’alerte : disponibilité des navires, assurance, risque de guerre et détours peuvent désormais alourdir la facture indépendamment du Brent.
Pour la Tunisie, l’équation énergétique devient donc plus exigeante : quel prix du pétrole, mais surtout quel coût rendu au port et par quelle route ?
CHIFFRES CLÉS
- 11,50 $/baril : fret indicatif VLCC Golfe d’Oman–Chine.
- Worldscale 450 : niveau atteint sur cette route.
- 1 200 km : longueur de l’East-West Pipeline.
- 4 à 5 millions b/j : volumes récemment acheminés par l’oléoduc.
- Deux détroits sous tension : Hormuz et Bab el-Mandeb.


