Le choc énergétique de 2026 devait réveiller les fantômes de 2022 : inflation, hausse des taux, fuite des capitaux, monnaies sous pression. Pour l’instant, le scénario ne se répète pas. L’économie mondiale résiste. Mais derrière cette résilience se dessine une fracture : certains pays disposent d’amortisseurs. La Tunisie beaucoup moins.

Le chiffre résume presque tout : 7,946 milliards de dinars.

C’est le déficit énergétique accumulé par la Tunisie sur les sept premiers mois de 2026. Plus de la moitié d’un déficit commercial total de 14,958 milliards de dinars.

Pendant ce temps, ailleurs, le choc énergétique est absorbé avec une étonnante résistance.

Dans la zone euro, le sentiment économique remonte à 98,4 points en août. Dans les quinze grandes économies émergentes suivies par BNP Paribas, l’inflation moyenne a reculé de 4,8 % en avril à 4,3 % en juillet.

Même les marchés financiers tiennent.

Contrairement à 2022, les investisseurs étrangers ne désertent pas massivement la dette locale des émergents. Les monnaies résistent davantage et la hausse des rendements obligataires reste plus contenue.

L’Asie dispose d’un autre bouclier : ses exportations. Malgré 88 milliards de dollars de sorties des marchés actions sud-coréens, la Corée du Sud a dégagé plus de 200 milliards de dollars d’excédent commercial entre janvier et août. Le boom de l’intelligence artificielle et des semi-conducteurs fournit des devises au moment où l’énergie en consomme.

Voilà précisément ce qui manque à la Tunisie : un amortisseur extérieur de même puissance.

Certes, l’inflation tunisienne demeure à 5,4 % en août. Mais regarder uniquement l’indice des prix serait manquer l’essentiel.

Le choc énergétique tunisien se joue aussi dans les comptes extérieurs. Chaque hausse durable de la facture énergétique absorbe davantage de devises, creuse le déficit commercial et réduit les marges de manœuvre d’une économie déjà contrainte.

Le monde de 2026 semble avoir appris à encaisser les chocs énergétiques.

La question tunisienne est désormais plus dérangeante : combien de chocs faudra-t-il encore payer avant que réduire la dépendance énergétique ne devienne une politique économique de premier rang ?

CHIFFRES CLÉS

7,946 milliards TND — déficit énergétique tunisien à fin juillet
14,958 milliards TND — déficit commercial total
5,4 % — inflation tunisienne en août
4,3 % — inflation moyenne des grands émergents suivis par BNP Paribas en juillet
200+ milliards USD — excédent commercial sud-coréen entre janvier et août