Présenter Rhemoura comme le symbole d’une Tunisie qui « chasse » les compagnies étrangères ne résiste pas à l’examen des documents officiels. Mais l’affirmation inverse, selon laquelle il n’y aurait jamais eu de sujet de renouvellement, est elle aussi excessive. Entre prolongation, participation de l’ETAP et nouveaux partenariats avec ENI et OMV, les faits imposent un débat moins idéologique.
La concession pétrolière Rhemoura est aujourd’hui affichée par l’ETAP avec une échéance au 14 janvier 2039. L’entreprise publique tunisienne y détient 51 %, contre 49 % pour Panoro UK.
Ces chiffres suffisent à démonter une partie du récit selon lequel l’État tunisien aurait récemment décidé d’écarter un opérateur étranger de cette concession.
Mais ils ne racontent pas toute l’histoire.
Dans son rapport annuel 2022, l’ETAP indiquait qu’une demande de nouvelle concession avait été déposée afin de poursuivre l’exploitation de Rhemoura pendant seize années supplémentaires. Le Comité consultatif des hydrocarbures avait donné un avis favorable.
La date de 2039 correspond précisément à cette prolongation de seize ans après l’échéance de janvier 2023.
Le dossier comporte toutefois un autre élément rarement évoqué dans la polémique. Dans son état des concessions à fin 2025, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie indiquait encore que Rhemoura était « dans l’attente de la loi portant approbation de la convention ».
La conclusion est donc moins spectaculaire que les slogans : parler d’un simple « non-renouvellement » est trompeur, mais nier l’existence même d’une procédure de renouvellement ou de prolongation l’est tout autant.
Sabeh contredit le récit d’un retrait des étrangers
Le cas de la concession Sabeh est encore plus révélateur.
En octobre 2025, la Tunisie a accordé cette concession pour 30 ans, jusqu’en 2055, à un consortium associant l’ETAP à plusieurs investisseurs étrangers.
Lors de l’attribution, ENI détenait 35 %, l’ETAP 30 %, OMV 28 % et Tende Energy 7 %.
La répartition actuellement affichée par l’ETAP est désormais de 42 % pour ENI, 30 % pour l’ETAP et 28 % pour OMV, après modification de la structure de participation.
Il est donc factuellement incorrect de dire qu’ENI détenait 42 % dès l’attribution de 2025. Mais le fond du raisonnement reste valable : la Tunisie continue bel et bien d’accorder des concessions de longue durée à des partenariats comprenant de grands groupes internationaux.
La souveraineté énergétique ne se résume donc ni au départ ni à la présence d’un investisseur étranger.
Le vrai débat porte ailleurs : niveau de participation de l’ETAP, investissements engagés, partage des risques, recettes publiques, production réelle et contribution de chaque concession à la sécurité énergétique nationale.
Chiffres clés
51 % : part de l’ETAP dans Rhemoura
49 % : part de Panoro UK
14 janvier 2039 : échéance actuellement affichée de Rhemoura
16 ans : durée de la prolongation demandée
30 ans : durée de la concession Sabeh
2055 : échéance de Sabeh
42 % : part actuelle d’ENI dans Sabeh
30 % : part de l’ETAP
28 % : part d’OMV


