La Banque centrale de Libye affirme que 1,75 million d’agents publics sont désormais intégrés à son système de paiement instantané des salaires, sur une population de référence de 2,2 millions. Derrière la modernisation bancaire se joue surtout une bataille budgétaire : mieux contrôler une masse salariale qui représente près de 30 % du PIB.

La Libye ne cherche plus seulement à payer ses fonctionnaires plus vite. Elle veut savoir précisément qui est payé, combien et par quel canal.

Selon la Banque centrale de Libye (BCL), environ 1,75 million d’agents publics sont désormais enregistrés dans le dispositif « Ratibak Lahthi », soit 79 % des 2,2 millions de bénéficiaires recensés par l’institution. Le calcul brut donne environ 79,5 %, un léger écart probablement lié aux arrondis utilisés par la Banque centrale.

L’enjeu dépasse largement la fluidité des virements. La BCL présente le système comme un instrument de transparence, de sécurisation des fonds publics et de modernisation du paiement des salaires.

Et le sujet est sensible. Selon le Fonds monétaire international, la masse salariale publique libyenne représente environ 30 % du PIB, l’un des niveaux les plus élevés au monde. En 2025, les seules dépenses inscrites au chapitre des salaires ont atteint 73,3 milliards de dinars libyens.

Autrement dit, chaque amélioration du contrôle des fichiers de paie peut avoir un effet direct sur les finances publiques.

Le vrai test : identifier les paiements irréguliers

Le dispositif a rapidement gagné du terrain. En mars 2026, la BCL recensait environ 1,585 million d’agents inscrits. Fin août, ils étaient 1,75 million, soit environ 165 000 inscriptions supplémentaires en cinq mois.

La progression est réelle. Mais elle ne prouve pas encore que la réforme génère des économies.

La Banque centrale affirme que « Ratibak Lahthi » contribue à protéger les fonds publics. Les données disponibles ne permettent toutefois pas encore de mesurer combien de doublons, de bénéficiaires irréguliers ou de paiements injustifiés ont été détectés ou supprimés.

C’est pourtant là que se jouera la crédibilité économique du système.

Avec près de 450 000 agents encore hors du dispositif, la couverture n’est pas complète. Et même à 100 %, la numérisation ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée d’un contrôle fiable des effectifs publics.

Le FMI voit néanmoins dans la plateforme un outil utile pour renforcer la transparence et reprendre le contrôle d’une masse salariale devenue structurellement lourde pour l’État libyen.

La prochaine étape sera donc moins technologique que budgétaire : démontrer que le paiement instantané permet réellement de nettoyer les fichiers, réduire les irrégularités et contenir la dépense publique.

Les chiffres clés

  • 1,75 million : agents publics enregistrés dans le système
  • 2,2 millions : population de référence utilisée par la BCL
  • 79 % : taux de couverture communiqué par la Banque centrale
  • 79,5 % : ratio obtenu par calcul entre 1,75 et 2,2 millions
  • 450 000 : agents restant environ hors du dispositif
  • 165 000 : nouvelles inscriptions entre mars et août 2026
  • 73,3 milliards de dinars : dépenses salariales inscrites en 2025
  • ≈ 30 % du PIB : poids de la masse salariale publique selon le FMI