Le Maroc a engagé une transformation à grande échelle de son infrastructure aéroportuaire avec l’objectif de porter la capacité annuelle de ses aéroports à 80 millions de passagers à l’horizon 2030, contre une capacité de référence annoncée autour de 38 millions lors de la présentation initiale du programme.

L’enjeu dépasse toutefois la seule préparation de la Coupe du monde 2030, que le Royaume coorganisera avec l’Espagne et le Portugal. Rabat cherche également à adapter ses infrastructures à une croissance déjà rapide du transport aérien et à renforcer le rôle du pays comme plateforme de correspondance entre l’Afrique, l’Europe et d’autres marchés internationaux.

Le trafic donne une première mesure de cette pression. Les aéroports marocains ont accueilli 32,7 millions de passagers en 2024, en progression de 21 % sur un an. En 2025, ils ont franchi un nouveau record à 36,3 millions, soit une hausse de 11 %. À ce rythme, augmenter les capacités n’est plus seulement une réponse aux besoins ponctuels du Mondial : il s’agit aussi d’éviter que les infrastructures deviennent un frein à la croissance du tourisme et de la connectivité aérienne.

Casablanca au centre du dispositif

La pièce maîtresse du programme est l’aéroport Mohammed V de Casablanca. Dans sa stratégie « Aéroports 2030 », dévoilée en février 2025, l’Office national des aéroports (ONDA) prévoit de porter sa capacité de 14 millions à 35 millions de passagers d’ici 2029.

Cette extension doit conforter Casablanca dans son rôle de hub intercontinental et accompagner parallèlement la montée en puissance de Royal Air Maroc. Elle est complétée par des investissements dans plusieurs grands aéroports régionaux.

Marrakech, Agadir, Tanger et Fès font notamment l’objet du Programme d’extension et de modernisation des infrastructures aéroportuaires. À l’horizon 2030, les capacités prévues atteignent 14 millions de passagers à Marrakech, 5 millions à Agadir, 3,6 millions à Tanger et 3 millions à Fès.

Les travaux ne portent pas uniquement sur les terminaux. Le programme prévoit également des infrastructures aéronautiques, des équipements de sûreté, l’automatisation du traitement des bagages et la modernisation des systèmes de navigation aérienne.

Un investissement destiné à soutenir tourisme et connectivité

La Banque africaine de développement a approuvé en décembre 2025 un financement de 270 millions d’euros en faveur du programme de modernisation des aéroports de Marrakech, Agadir, Tanger et Fès.

Selon son évaluation, les investissements concernés doivent notamment permettre l’aménagement de 1,5 million de mètres carrés de parkings avions et de 7,6 kilomètres de voies de circulation, ainsi que la construction d’une nouvelle tour de contrôle à Marrakech.

L’institution estime également que ce programme pourrait générer environ 19 000 emplois directs et 29 722 emplois indirects. Ces chiffres constituent toutefois des projections liées au projet et non des emplois déjà créés.

Le pari marocain est ainsi double : disposer des capacités nécessaires pour absorber le choc de demande attendu autour de 2030, tout en utilisant cet investissement pour soutenir durablement le tourisme, le transport aérien et l’intégration du Royaume dans les flux internationaux.

La question centrale sera désormais celle de l’exécution. Avec 36,3 millions de passagers déjà enregistrés en 2025, le Maroc dispose de moins de cinq ans pour rapprocher ses infrastructures d’une capacité cible de 80 millions. Le calendrier des grands terminaux, leur financement et leur mise en service effective seront donc aussi déterminants que l’ambition affichée.