Quelque 3 961 entreprises employant au maximum cinq salariés ont soumis pour 130,32 milliards de dollars de programmes prévisionnels d’importation au second semestre 2026. Un montant spectaculaire, presque trois fois supérieur aux importations annuelles de biens de l’Algérie en 2024, qui pousse les autorités à examiner la cohérence économique de ces demandes.

Cent trente milliards de dollars en six mois. Le chiffre prend une dimension particulière lorsqu’il émane de moins de 4 000 entreprises comptant chacune entre zéro et cinq salariés.

Selon les données communiquées par le ministère algérien du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, 3 961 opérateurs appartenant à cette catégorie ont déposé des programmes prévisionnels d’importation, ou PPI, représentant au total 130,32 milliards de dollars pour le second semestre 2026.

Il ne s’agit toutefois pas de marchandises effectivement importées ni de devises déjà transférées. Ces montants correspondent à des besoins déclarés, soumis à l’examen et à la validation des autorités. La distinction est importante : l’affaire porte d’abord sur la crédibilité économique des demandes.

Un montant hors norme

Pour mesurer l’ordre de grandeur, l’Algérie a importé 45,334 milliards de dollars de biens sur l’ensemble de l’année 2024, selon la Banque d’Algérie.

Les demandes déposées par ces 3 961 opérateurs représentent donc près de 2,9 fois ce montant.

Rapporté au nombre d’entreprises concernées, le total équivaut à environ 32,9 millions de dollars par opérateur en moyenne.

Une petite entreprise en nombre de salariés peut certes gérer des volumes commerciaux importants. Le faible effectif ne constitue donc pas, à lui seul, une preuve d’irrégularité. Mais l’ampleur cumulée des demandes constitue un signal suffisamment inhabituel pour justifier les contrôles annoncés.

Des contrôles croisés

Le ministère entend désormais comparer les montants sollicités avec la nature de l’activité des entreprises, leurs capacités de production, leurs effectifs déclarés et leur historique d’importation.

Les autorités ont également signalé des variations inhabituelles dans les déclarations de salariés de certains opérateurs. Des effectifs auraient été enregistrés pendant certaines périodes, puis retirés avant de réapparaître au moment des procédures liées aux programmes prévisionnels.

Là encore, ces mouvements ne prouvent pas une fraude. Ils peuvent toutefois servir d’indicateurs pour sélectionner les dossiers nécessitant des vérifications approfondies.

L’enquête doit notamment déterminer si les matières premières, équipements ou intrants demandés correspondent réellement aux besoins et aux capacités des entreprises concernées.

Une anomalie dans les chiffres publiés

Un autre point appelle à la prudence. Les reprises du détail fourni sur les entreprises comptant deux salariés divergent : certaines mentionnent 88,76 milliards de dollars, d’autres 76,88 milliards.

La première valeur rend le total général de 130,32 milliards mathématiquement impossible. La seconde est, à l’arrondi près, compatible avec le montant global annoncé.

Cette divergence devra être clarifiée par une publication officielle détaillée.

Les chiffres clés

3 961 — entreprises employant de zéro à cinq salariés.

130,32 milliards $ — demandes prévisionnelles d’importation pour le second semestre 2026.

32,9 millions $ — montant moyen demandé par opérateur.

45,334 milliards $ — importations de biens de l’Algérie en 2024.

2,9 fois — rapport entre les demandes annoncées et les importations nationales de biens en 2024.

851 — entreprises à deux salariés pour lesquelles deux montants contradictoires ont été publiés.

L’enjeu est désormais de savoir quelle part de ces 130,32 milliards correspond à des besoins économiques réellement justifiables. Jusqu’à la conclusion des contrôles, parler de « fraude de 130 milliards de dollars » irait au-delà des faits établis.