Face à la déforestation continue et à une dépendance alimentaire critique, les représentants de six pays du Bassin du Congo et de la société civile ont adopté jeudi, 27 août, à la capitale camerounaise, une feuille de route historique, exigeant un virage politique et financier radical vers l’agroécologie et la sécurisation des terres pour les communautés locales.

Réunis à Youndé, du 25 au 27 août 2026 à l’occasion de la deuxième Conférence du Bassin du Congo, sous le thème de l’agroécologie pour l’inclusion, des systèmes alimentaires durables, la biodiversité et la justice climatique, 187 délégués venus de 20 pays, dont les six pays du Bassin du Congo (Cameroun, République centrafricaine, République du Congo, République Démocratique du Congo, Guinée équatoriale et Gabon), ont adopté aussi 24 appels, engagements et mesures de suivi.

Les participants, incluant des gouvernements, des organisations paysannes, des peuples autochtones et des chercheurs, ont solennellement appelé à ce qu’au moins 30 % des allocations des secteurs qui façonnent les systèmes alimentaires soient explicitement dédiés à l’agroécologie.

L’agroécologie, “enracinée dans les savoirs autochtones et locaux et co-construite avec la science”, est présentée par les signataires comme la seule voie viable pour garantir la souveraineté alimentaire, la biodiversité et la justice climatique dans la région.

Le constat dressé par les délégués est alarmant. Le Bassin du Congo, qui abrite quelque 300 millions d’hectares de forêts, continue de perdre son couvert forestier au rythme d’environ 0,3 % par an”. Parallèlement, l’insécurité alimentaire s’aggrave : plus de la moitié des besoins alimentaires de la région sont aujourd’hui couverts par des importations, alors que les exploitations familiales locales ne reçoivent qu’une part marginale du financement public et de la recherche.

Pour inverser cette tendance, la Déclaration de Yaoundé cible directement les bailleurs de fonds internationaux (Fonds Vert pour le Climat, Banque Africaine de Développement, etc.). Elle exige la création de mécanismes de financement simplifiés pour qu’au moins 20 % des fonds internationaux destinés au climat et à la conservation parviennent directement aux organisations paysannes, aux femmes, aux jeunes et aux peuples autochtones**.

Le texte se montre particulièrement offensif sur la question des droits humains, condamnant fermement les pratiques de “conservation-forteresse” qui ont par le passé expulsé les peuples autochtones de leurs terres ancestrales sans consentement ni réparation. Les signataires exigent désormais l’application systématique du “consentement libre, préalable et éclairé” pour tout projet de conservation, d’infrastructure ou d’agro-industrie.

Au-delà des exigences adressées aux décideurs, les organisations paysannes et autochtones s’engagent à mettre en œuvre des actions concrètes sur le terrain, telles que la création de banques communautaires de semences, et à confier “au moins la moitié de leurs postes de direction à des femmes et à des jeunes”.

Un mécanisme de redevabilité rigoureux a également été instauré : les participants publieront désormais “une revue annuelle de l’agroécologie dans le Bassin du Congo” pour mesurer les progrès à l’aide de preuves concrètes avant la tenue de la troisième conférence régionale.

Organisée par l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA) en partenariat avec la Concertation Nationale des Organisations Paysannes au Cameroun (CNOP-CAM) et le ministère camerounais de l’Agriculture et du Développement Rural, cette deuxième conférence s’inscrit dans la continuité du processus initié par la Déclaration de Kinshasa d’août 2023.

La Tunisie a participé aux travaux de la 2e Conférence du Bassin du Congo, tenue du 25 au 27 août à Yaoundé, à travers la présence du député tunisien et membre du Parlement panafricain, Aymen Ben Salah.