
La directrice générale du FMI constate que l’économie mondiale a mieux absorbé qu’attendu les perturbations provoquées par la guerre avec l’Iran. Stocks énergétiques, diversification des approvisionnements, renouvelables et adaptations logistiques ont amorti le choc. Mais cette résilience ne doit pas être confondue avec un retour à la normale. Une nouvelle flambée du pétrole pourrait raviver l’inflation et maintenir les banques centrales dans une posture restrictive plus longtemps.
Les États-Unis en donnent déjà un aperçu. En juillet, l’indice PCE, mesure privilégiée de la Réserve fédérale, a progressé de 3,7 % sur un an, tandis que sa composante sous-jacente est restée à 3,3 %. La désinflation patine. Les marchés attribuent désormais environ 40 % de probabilité à une hausse des taux dès septembre. Autrement dit, le prix de l’énergie ne menace pas seulement les automobilistes ou les industries intensives en énergie : il peut se transmettre au crédit, aux obligations, au service de la dette et, finalement, à la croissance.
Ormuz reste le thermomètre
C’est pourquoi les négociations menées par Oman autour d’un corridor temporaire dans le détroit d’Ormuz méritent plus d’attention que les mouvements quotidiens du Brent. Avant le conflit, ce passage concentrait une part considérable des flux mondiaux de pétrole et de gaz. L’Iran et Oman poursuivent leurs discussions, mais aucun accord définitif n’est encore acquis.
Entre-temps, le marché apprend à vivre avec le blocage. Saudi Aramco a vendu au moins 4 millions de barils à la Chine en utilisant des opérations de chargement ou de transfert hors d’Ormuz. C’est une démonstration de flexibilité logistique, pas une solution géopolitique.
Le gaz offre un avertissement plus brutal. Les exportations qataries de GNL ont plongé de 96 % depuis le début de la guerre : seulement 18 cargaisons contre 509 sur la période comparable précédente. Reuters estime à près de 24 milliards de dollars les ventes perdues. Les États-Unis ont partiellement comblé le vide, mais l’Europe aborde la suite avec des stocks exceptionnellement faibles pour la saison.
Un deuxième front : le commerce
À ce choc énergétique s’ajoute désormais le risque tarifaire. Donald Trump a imposé des droits de 50 % sur 20 milliards de dollars d’importations canadiennes et menace l’automobile canadienne d’un tarif équivalent à partir du 1er janvier 2027. Ottawa a répondu dollar pour dollar.
Le danger est là : énergie chère, inflation persistante et protectionnisme peuvent désormais se renforcer mutuellement.
Les marchés ont appris à contourner Ormuz. Ils ne peuvent pas contourner indéfiniment les conséquences macroéconomiques de l’instabilité. La baisse d’un baril est un prix. La réduction du risque, elle, exige une solution politique.


