Le Brent a reculé de plus de 3 % mardi 25 août, tombant à son plus bas niveau en une semaine. Un paradoxe seulement apparent : les investisseurs jugent, pour l’instant, que le durcissement des sanctions américaines contre l’Iran menace moins directement l’offre mondiale qu’une nouvelle escalade militaire.

À première vue, le marché semble réagir à l’envers. Washington renforce la pression économique contre Téhéran, sanctionne de nouvelles personnes, entreprises et navires, et étend la menace de sanctions secondaires. Pourtant, le pétrole baisse.

Mardi matin, le Brent reculait de 3,21 % à 89,21 dollars le baril, tandis que le WTI américain perdait 3,34 % à 82,17 dollars, selon Reuters. Les deux références touchaient leur plus bas niveau depuis le 17 août.

La raison tient moins à la gravité politique des nouvelles mesures qu’à leur impact immédiat sur les barils réellement disponibles.

Le marché redoute surtout une rupture physique

Depuis l’escalade autour de l’Iran, les cours sont dominés par le risque de perturbation des infrastructures pétrolières et du détroit d’Ormuz. Ce passage reste stratégique pour l’approvisionnement mondial.

Selon l’Energy Information Administration américaine, les flux de brut et de liquides pétroliers transitant par Ormuz ont chuté à environ 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre 21,6 millions au quatrième trimestre 2025.

Dans ce contexte, les investisseurs semblent considérer que les sanctions annoncées par Washington constituent une menace moins immédiate qu’une attaque contre des terminaux, des tankers ou une fermeture plus sévère du détroit.

Le Trésor américain a pourtant lancé le 24 août une nouvelle offensive contre les réseaux économiques iraniens. Près de 60 entités, individus et navires ont été visés, tandis que Washington a élargi le champ potentiel des sanctions secondaires à plusieurs secteurs.

Mais leur effet dépendra du calendrier d’application et surtout de la réaction des partenaires commerciaux de l’Iran, notamment la Chine.

Une baisse de la « prime de peur »

Le mouvement du Brent traduit donc surtout une réduction de la prime géopolitique.

Le marché ne parie pas nécessairement sur une hausse des exportations iraniennes. Il considère simplement que, pour l’instant, Washington privilégie la pression économique à une nouvelle escalade militaire susceptible de retirer brutalement des volumes du marché.

Cette détente reste toutefois fragile. Reuters indiquait que seulement deux tankers avaient franchi Ormuz lundi 24 août, signe que les flux physiques restent fortement perturbés.

Pour la Tunisie, importatrice nette d’énergie, une baisse durable du pétrole serait favorable. Sur les sept premiers mois de 2026, le déficit commercial énergétique a atteint 7,946 milliards de dinars, contre 6,037 milliards un an auparavant, selon l’INS.

La véritable question est désormais celle de la durée. Si les sanctions restent essentiellement financières et que le risque militaire recule, le Brent pourrait continuer à perdre une partie de sa prime de risque. Toute nouvelle perturbation à Ormuz pourrait, au contraire, inverser rapidement le mouvement.

Les chiffres clés

  • 89,21 dollars : cours du Brent mardi matin, en baisse de 3,21 %.
  • 82,17 dollars : cours du WTI, en recul de 3,34 %.
  • Près de 60 : entités, personnes et navires visés par les nouvelles sanctions américaines.
  • 4,9 millions de barils/jour : flux pétroliers via Ormuz au T2 2026, contre 21,6 millions fin 2025.
  • 2 tankers : nombre de navires ayant franchi Ormuz lundi 24 août selon Reuters.
  • 7,946 milliards de dinars : déficit énergétique tunisien sur les sept premiers mois de 2026.