Coupures répétées du réseau, chaleur exceptionnelle et tensions sur l’eau embouteillée placent les ménages tunisiens face à une double contrainte. La crise hydrique ne se mesure plus seulement au niveau des barrages : elle pèse désormais directement sur le pouvoir d’achat.
En juillet 2026, l’Observatoire tunisien de l’eau a recensé 608 signalements liés aux perturbations de l’approvisionnement, soit le niveau mensuel le plus élevé depuis le début de l’année. Parmi eux, 549 concernaient des coupures non annoncées ou des dysfonctionnements de distribution.
Cette dégradation du service pousse de nombreux ménages vers une solution de substitution : l’eau embouteillée. Mais en plein été, ce marché est lui-même sous pression. Dans plusieurs commerces, la rareté de certaines références a conduit à limiter les quantités vendues, parfois à une bouteille par client.
L’eau conditionnée tend ainsi à devenir moins un choix de consommation qu’une dépense contrainte pour les foyers confrontés aux interruptions du réseau ou aux problèmes de qualité de l’eau.
Un marché devenu incontournable
Selon des données attribuées à l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie, la consommation d’eau embouteillée a atteint 241 litres par habitant en 2024, contre 225 litres en 2020.
La tendance s’est poursuivie en 2025. Sur les neuf premiers mois de l’année, la consommation nationale aurait atteint 2,1 milliards de litres, pour une valeur proche de 790 millions de dinars, en hausse de 8 % par rapport à la même période de 2024.
Cette progression traduit à la fois l’effet des fortes chaleurs et la recherche d’une eau jugée plus sûre. Mais elle révèle aussi une dépendance croissante à un produit acheté en complément d’un service public déjà payé par les ménages.
Une pression supplémentaire sur le pouvoir d’achat
Houcine Rehili, spécialiste des ressources hydriques cité dans la source initiale, estime qu’une famille de cinq personnes peut consacrer 130 à 140 dinars par mois à l’achat d’eau embouteillée. Ce montant doit être considéré comme une estimation, et non comme une moyenne nationale officielle.
Rapportée au SMIG de 2026, fixé à 554,736 dinars par mois pour 48 heures hebdomadaires, une dépense de 140 dinars représenterait environ un quart du salaire minimum brut.
Le poids est particulièrement lourd pour les familles modestes, qui disposent aussi de moins de moyens pour installer des réservoirs ou constituer des stocks.
Un problème qui dépasse la sécheresse
Le déficit pluviométrique et les températures élevées n’expliquent pas tout. Le vieillissement des infrastructures, les fuites, les inégalités territoriales et l’augmentation de la demande aggravent les tensions.
La Banque mondiale a approuvé en 2026 332,5 millions de dollars pour renforcer la sécurité hydrique tunisienne, notamment à travers la modernisation des infrastructures et l’amélioration de la fiabilité de l’approvisionnement.
L’enjeu est désormais de réduire suffisamment vite les pertes et les interruptions pour que l’eau embouteillée redevienne un choix, et non une assurance coûteuse contre la panne du robinet.
Les chiffres clés
- 608 signalements liés à l’eau en juillet 2026.
- 549 concernaient des coupures ou perturbations de distribution.
- 241 litres d’eau embouteillée consommés par habitant en 2024.
- 2,1 milliards de litres consommés durant les neuf premiers mois de 2025.
- 790 millions de dinars : valeur correspondante annoncée.
- 130 à 140 DT : dépense mensuelle estimée pour une famille de cinq personnes.
- 332,5 millions de dollars : financement approuvé par la Banque mondiale en 2026.


