Le Brent pour livraison en octobre a atteint 94,06 dollars le baril, jeudi 20 août, signant une cinquième séance consécutive de hausse. Derrière cette envolée se dessine un scénario de plus en plus préoccupant : le détroit d’Ormuz reste fortement perturbé, les négociations politiques piétinent et la facture énergétique pourrait encore s’alourdir pour les pays importateurs, dont la Tunisie.

Le marché pétrolier recommence à envoyer un signal d’alarme. À 94,06 dollars le baril, le Brent retrouve son plus haut niveau depuis environ trois semaines et s’éloigne rapidement des niveaux inférieurs à 92 dollars observés quelques séances plus tôt.

La hausse n’est plus un simple mouvement technique. Elle traduit une inquiétude grandissante sur la sécurité des approvisionnements au Moyen-Orient.

Ormuz, le point faible du marché mondial

Le cœur du risque se trouve dans le détroit d’Ormuz. Les flux maritimes y restent très inférieurs aux niveaux d’avant-guerre. Selon les données de Kpler rapportées par Reuters, seulement neuf navires transportant des matières premières ont franchi le passage mardi, puis neuf mercredi.

Le contraste est saisissant avec la situation antérieure au conflit, lorsque plus de 130 navires de toutes catégories pouvaient emprunter quotidiennement cette voie stratégique.

Ormuz n’est pas une route maritime ordinaire. Environ 20,9 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitaient chaque jour au premier semestre 2025, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale de liquides pétroliers, selon l’Energy Information Administration américaine.

Une perturbation prolongée aurait donc des conséquences immédiates sur les prix.

La diplomatie ne rassure plus les marchés

Le second signal inquiétant vient du front politique.

Les perspectives de règlement entre Washington et Téhéran restent faibles et aucune percée diplomatique suffisamment crédible n’est venue rassurer les opérateurs. Tant que le trafic maritime ne revient pas vers la normale, chaque incident, menace ou rupture de négociation peut ajouter plusieurs dollars au prix du baril.

Le marché commence ainsi à intégrer non seulement le risque d’une interruption ponctuelle, mais celui d’une crise qui dure.

La Tunisie en première ligne

Pour la Tunisie, un Brent durablement proche de 95 dollars constituerait une mauvaise nouvelle supplémentaire.

À fin juillet 2026, le déficit commercial énergétique atteignait déjà 7,95 milliards de dinars, contre environ 6,04 milliards un an auparavant. L’énergie représentait ainsi plus de la moitié du déficit commercial total du pays.

La menace est mécanique : plus le pétrole reste cher, plus les importations énergétiques coûtent en devises. La pression peut ensuite se transmettre à la balance commerciale, aux finances publiques et, indirectement, aux coûts de transport et de production.

Le seuil psychologique des 100 dollars n’est désormais plus très éloigné.

Le véritable danger ne réside pourtant pas dans un franchissement ponctuel de ce niveau. Il réside dans une installation durable du Brent au-dessus de 90 dollars. Si Ormuz reste paralysé et si la diplomatie échoue, la Tunisie pourrait entrer dans une nouvelle phase de tension énergétique au moment même où ses équilibres extérieurs restent fragiles.