Secteur : phosphates / chimie / engrais
Activité principale : production d’acide phosphorique marchand
Implantation : Skhira, gouvernorat de Sfax
Création : 2006
Entrée en production : 2013
Nature : joint-venture tuniso-indienne
Montant du projet : environ 465 millions de dollars
Capacité nominale : 360 000 tonnes de P₂O₅ par an
Emplois : environ 630 emplois selon les données publiques communiquées en 2025
Un partenariat industriel entre la Tunisie et l’Inde
TIFERT — Tunisian Indian Fertilizers — constitue l’un des principaux investissements industriels réalisés conjointement par la Tunisie et l’Inde.
La société a été créée à Skhira en 2006 par quatre partenaires : deux groupes publics tunisiens du secteur phosphatier et deux industriels indiens des engrais.
Son capital est réparti à parts égales entre les deux partenaires tunisiens pour 70 %, et les deux partenaires indiens pour 30 % :
- Groupe Chimique Tunisien (GCT) : 35 %
- Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) : 35 %
- Coromandel International : 15 %
- Gujarat State Fertilizers & Chemicals Limited (GSFC) : 15 %
Le ministère indien des Affaires étrangères présente TIFERT comme un projet d’environ 465 millions de dollars, devenu opérationnel en 2013.
Ce que produit TIFERT
L’usine de Skhira est spécialisée dans la fabrication d’acide phosphorique marchand, matière première utilisée notamment dans la fabrication des engrais phosphatés.
Sa capacité nominale est de 360 000 tonnes de P₂O₅ par an. Le projet avait été dimensionné pour traiter environ 1,4 million de tonnes de phosphate tunisien par an.
La production est destinée en grande partie aux deux actionnaires industriels indiens.
Coromandel indique ainsi que l’acide produit par TIFERT est exporté en parts égales vers Coromandel et GSFC. Pour les deux groupes, la participation dans TIFERT répond à un objectif de sécurisation de l’approvisionnement en acide phosphorique, indispensable à leurs propres unités de production d’engrais en Inde.
Pourquoi TIFERT est stratégique
TIFERT occupe une position particulière dans la chaîne tunisienne du phosphate.
La Tunisie dispose de réserves et d’une industrie historique d’extraction et de transformation du phosphate. L’Inde, de son côté, figure parmi les grands consommateurs mondiaux d’engrais et dépend largement d’approvisionnements extérieurs pour certains intrants.
TIFERT rapproche donc deux besoins complémentaires : la valorisation industrielle du phosphate tunisien et la sécurisation d’un approvisionnement stratégique pour l’industrie indienne des fertilisants.
Le projet constitue aussi un exemple relativement rare d’investissement indien de grande taille dans l’industrie tunisienne. Il donne à la relation économique entre les deux pays une dimension différente d’un simple échange import-export.
Une usine pourtant loin d’avoir exploité tout son potentiel
L’histoire industrielle de TIFERT est aussi celle d’une succession de difficultés.
Dès son démarrage, l’entreprise a été affectée par les perturbations de la production et du transport du phosphate depuis le bassin minier de Gafsa. La disponibilité de la matière première constitue un facteur déterminant pour une usine conçue pour absorber environ 1,4 million de tonnes de phosphate par an.
Plus récemment, les difficultés sont devenues également techniques et financières.
Dans son rapport annuel 2024-2025, Coromandel International indiquait que les opérations de TIFERT avaient été affectées par des problèmes techniques et que les partenaires indiens continuaient à fournir une assistance afin d’améliorer les performances de l’usine.
En août 2025, les autorités tunisiennes ont consacré une réunion spécifique à la situation technique et financière de l’entreprise et aux scénarios permettant d’assurer sa restructuration et sa pérennité.
Un incendie survenu dans une installation de l’usine avait également provoqué une interruption d’activité. GSFC déclarait en août 2025 ne plus recevoir d’acide phosphorique de TIFERT pendant la période d’arrêt de l’installation.
En 2026, l’enjeu est la relance
TIFERT n’est donc pas aujourd’hui un simple actif industriel fonctionnant à pleine capacité.
Le 4 août 2026, soit quelques semaines avant la nouvelle séquence économique tuniso-indienne, des représentants du Groupe Chimique Tunisien et des partenaires indiens ont de nouveau tenu des concertations consacrées à la relance des activités de TIFERT. Les parties ont réaffirmé leur engagement à remettre l’entreprise sur une trajectoire opérationnelle durable.
Cette actualité change la lecture du dossier : TIFERT reste le principal symbole industriel du partenariat Tunisie-Inde, mais aussi un test de sa capacité à résoudre les contraintes qui empêchent les projets existants d’atteindre leur potentiel.
La question n’est donc plus seulement de savoir si de nouveaux investissements indiens peuvent être attirés en Tunisie. Elle est aussi de démontrer qu’un investissement déjà réalisé à plusieurs centaines de millions de dollars peut fonctionner durablement.
TIFERT dans la chaîne du phosphate tunisien
Le positionnement de TIFERT pourrait retrouver davantage d’importance dans le cadre du programme tunisien de relance du phosphate.
Le gouvernement prévoit, sur la période 2026-2030, d’augmenter progressivement la production de phosphate, de moderniser les capacités de transport et de renforcer la production de dérivés à plus forte valeur ajoutée, notamment l’acide phosphorique ordinaire et purifié.
Skhira figure parmi les plateformes directement concernées par cette stratégie. Le site accueille déjà d’importantes capacités du Groupe Chimique Tunisien dans l’acide phosphorique.
Pour TIFERT, une amélioration durable de l’approvisionnement en phosphate, du transport et de la fiabilité technique des installations serait donc déterminante pour rapprocher la production réelle de la capacité nominale.
Les chiffres clés
- 465 millions de dollars Montant du projet selon le ministère indien des Affaires étrangères.
- 70 % / 30 % Répartition entre les partenaires tunisiens et indiens.
- 35 % Participation du Groupe Chimique Tunisien.
- 35 % Participation de la Compagnie des Phosphates de Gafsa.
- 15 % Participation de Coromandel International.
- 15 % Participation de Gujarat State Fertilizers & Chemicals.
- 360 000 tonnes de P₂O₅/an Capacité nominale de production d’acide phosphorique.
- Environ 1,4 million de tonnes/an Volume de phosphate prévu pour alimenter l’usine à son dimensionnement initial.
- Environ 630 emplois Effectif communiqué dans les informations publiques disponibles en 2025.
Ce qu’il faut retenir
TIFERT est beaucoup plus qu’une usine d’acide phosphorique. Elle constitue le cas industriel de référence de la coopération économique Tunisie-Inde : ressources minières tunisiennes, transformation locale et débouchés garantis auprès de deux grands industriels indiens.
Son potentiel demeure cependant très supérieur aux performances qu’elle a pu assurer de manière régulière depuis sa mise en service. Les problèmes d’approvisionnement, les contraintes techniques et les difficultés financières ont pesé sur l’exploitation.
Les nouvelles concertations engagées en août 2026 donnent ainsi à TIFERT une double dimension : un actif industriel à relancer et un test pour la crédibilité de la nouvelle ambition d’investissement entre Tunis et New Delhi.


