À 91,62 dollars mercredi, le Brent évolue 28,32 dollars au-dessus de l’hypothèse de 63,3 dollars retenue pour le budget tunisien 2026. En appliquant la sensibilité annoncée par le gouvernement — 164 millions de dinars par an pour chaque dollar supplémentaire — cet écart représente, en rythme annualisé, près de 89 millions de dinars de pression budgétaire par semaine. Le risque dépend désormais moins du pic que de sa durée.

À 91,62 dollars le baril, le pétrole n’est plus seulement une variable des marchés internationaux pour la Tunisie. Il devient une équation budgétaire.

Le budget 2026 a été construit sur une hypothèse de 63,3 dollars le baril. Selon le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, chaque dollar supplémentaire du prix du pétrole représente environ 164 millions de dinars de coût annuel additionnel pour l’État.

L’écart avec le cours actuel atteint donc 28,32 dollars.

Sur une année pleine, et toutes choses égales par ailleurs, cela correspondrait à environ 4,64 milliards de dinars de pression budgétaire supplémentaire.

Rapporté à 52 semaines, l’équivalent atteint 89,3 millions de dinars par semaine.

Ce chiffre doit toutefois être lu correctement : l’État ne débourse pas mécaniquement 89 millions de dinars supplémentaires tous les sept jours. Il s’agit de la traduction hebdomadaire d’une sensibilité annuelle, dans l’hypothèse où le Brent resterait durablement à 91,62 dollars et où les volumes consommés, le taux de change, les prix du gaz et les mécanismes de compensation resteraient inchangés.

Mais l’ordre de grandeur dit l’essentiel : plus la crise dure, plus la facture potentielle grossit.

Le temps devient la variable décisive

Un Brent au-dessus de 90 dollars pendant quelques séances n’a pas le même effet qu’un pétrole installé à ce niveau pendant plusieurs mois.

Pour la Tunisie, la vulnérabilité est structurelle. Le pays reste fortement dépendant des importations d’hydrocarbures, tandis qu’une partie importante des prix énergétiques demeure administrée. Une hausse durable des cours internationaux peut donc se transmettre aux finances publiques, au déficit commercial et aux besoins en devises.

À cela s’ajoute le coût indirect pour l’économie : transport, logistique, industrie, agriculture et entreprises fortement consommatrices d’énergie subissent progressivement la hausse de leurs charges.

La question centrale n’est donc plus seulement de savoir si le Brent atteindra 92, 95 ou 100 dollars. Elle est de savoir combien de temps il restera très au-dessus des 63,3 dollars retenus dans les hypothèses budgétaires.

À 91,62 dollars, chaque semaine supplémentaire passée à ce niveau représente, en rythme annualisé, l’équivalent de près de 90 millions de dinars de pression budgétaire additionnelle.

À 100 dollars, l’écart avec l’hypothèse budgétaire atteindrait 36,7 dollars. Sur la même base de calcul, la pression théorique grimperait alors à environ 115,7 millions de dinars par semaine.

Ces montants ne sont ni des prévisions ni des dépenses déjà constatées. Ils mesurent la sensibilité des finances publiques à un choc pétrolier prolongé.

Pour Tunis, c’est désormais cette durée qu’il faudra surveiller : plus le Brent reste élevé, plus l’écart entre les hypothèses du budget et la réalité du marché devient difficile à absorber.

Les chiffres clés

  • 91,62 $ : cours du Brent observé mercredi 19 août.
  • 63,3 $ : hypothèse pétrolière du budget tunisien 2026.
  • 28,32 $ : écart entre le marché et l’hypothèse budgétaire.
  • 164 MD : sensibilité annuelle annoncée pour chaque dollar supplémentaire.
  • ≈ 89,3 MD : pression théorique par semaine à 91,62 dollars.
  • ≈ 4,64 milliards de dinars : équivalent annuel si cet écart persistait douze mois.