Les exportations tunisiennes vers la Libye résistent encore, mais les tensions autour des infrastructures énergétiques et du système bancaire libyen font monter le risque pour les entreprises tunisiennes. Le principal point de fragilité pourrait désormais se situer moins à la frontière que dans les circuits de paiement.

La crise libyenne pourrait rapidement devenir un problème économique tunisien. Pour Mustapha Abdelkebir, président de l’Observatoire tunisien des droits de l’homme, la multiplication des tensions en Libye expose la Tunisie sur trois fronts : le commerce, l’énergie et les paiements.

Son avertissement intervient alors que la relation économique entre les deux pays reste dense. La Libye demeure un débouché important pour les entreprises tunisiennes, notamment dans l’agroalimentaire, les matériaux de construction, les équipements et plusieurs industries manufacturières.

Selon les données disponibles, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint près de 2,9 milliards de dinars en 2025, dont environ 2,47 milliards de dinars d’exportations tunisiennes vers la Libye. Cette forte asymétrie signifie qu’une détérioration de la demande ou des capacités de paiement libyennes toucherait d’abord les exportateurs tunisiens.

Les paiements, principal point de vulnérabilité

Mustapha Abdelkebir estime que le scénario le plus sensible serait un transfert de la crise politique vers les circuits de règlement financier. L’enjeu est central : une entreprise tunisienne peut continuer à livrer ses marchandises, mais subir une dégradation de sa trésorerie si son client libyen rencontre des difficultés pour accéder aux devises ou effectuer un transfert bancaire.

Toute perturbation au niveau de la Banque centrale de Libye, de la gestion des réserves en devises ou des banques commerciales pourrait ainsi rallonger les délais de paiement, augmenter les coûts de transaction et pousser certains opérateurs vers des mécanismes alternatifs plus coûteux ou plus risqués.

À ce stade, toutefois, les dernières données disponibles ne confirment pas encore une baisse marquée des exportations tunisiennes vers la Libye. Sur les sept premiers mois de 2026, celles-ci sont restées globalement stables. Le risque demeure donc davantage prospectif que déjà visible dans les statistiques commerciales.

L’énergie ajoute une seconde source d’incertitude

Les attaques récentes contre des installations situées dans le complexe énergétique de Zawiya renforcent également les inquiétudes. La zone abrite l’une des principales infrastructures de raffinage du pays. Les informations disponibles montrent cependant que les attaques ont surtout touché des réservoirs et des installations environnantes, sans destruction confirmée de la raffinerie elle-même.

Pour la Tunisie, l’impact énergétique direct doit donc être interprété avec prudence. Le principal canal de transmission reste pour l’instant économique : une dégradation de la situation énergétique libyenne pourrait affecter la production, le pouvoir d’achat, les flux commerciaux et, par ricochet, la demande adressée aux entreprises tunisiennes.

Le véritable test se jouera dans les prochaines semaines. Si les transferts bancaires restent fluides et que les exportations se maintiennent, l’impact pourrait rester contenu. En revanche, une combinaison de tensions bancaires, de perturbations énergétiques et de ralentissement du commerce transformerait rapidement le risque libyen en problème concret pour les entreprises tunisiennes.