Plus de soixante ans de relations diplomatiques, des investissements industriels majeurs et un objectif de 1 milliard de dollars d’échanges : la relation économique entre la Tunisie et l’Inde dispose de fondations solides. Pourtant, les chiffres montrent qu’elle reste encore très en dessous de son potentiel.
Les échanges bilatéraux ont atteint 521,71 millions de dollars durant l’exercice 2024-2025. Entre avril 2025 et janvier 2026, ils représentaient 449,56 millions de dollars, avec un déséquilibre marqué : 316,76 millions de dollars d’exportations indiennes vers la Tunisie contre 132,80 millions d’importations en provenance de Tunisie.
L’objectif de 1 milliard de dollars, fixé dès 2017, reste donc à conquérir.
La principale faiblesse tunisienne tient à la concentration de ses exportations. L’Inde absorbe près de 50 % des exportations tunisiennes d’acide phosphorique. Produits chimiques inorganiques et engrais constituent ainsi l’ossature des ventes tunisiennes.
À l’inverse, l’Inde dispose d’une offre beaucoup plus diversifiée : automobiles, machines, équipements électriques, coton, riz, café, épices ou encore produits pharmaceutiques.
TIFERT, symbole d’une coopération industrielle
Cette complémentarité prend une dimension industrielle avec Tunisia-India Fertilizer (TIFERT) à Skhira. Cette coentreprise de 465 millions de dollars associe la CPG et le Groupe chimique tunisien, qui détiennent ensemble 70 % du capital, aux groupes indiens GSFC et Coromandel International, avec 15 % chacun.
Entrée en exploitation en 2013, TIFERT dispose d’une capacité annuelle de 360 000 tonnes d’acide phosphorique.
Mais l’empreinte indienne dépasse désormais les phosphates.
Le spécialiste indien VA Tech Wabag participe à plusieurs infrastructures stratégiques dans l’eau : dessalement à Zarat, traitement d’eau à Kasseb et Béjaoua, assainissement à Sousse Hamdoun II. À Béjaoua, le projet représente environ 63 millions d’euros pour une capacité de 345 millions de litres par jour.
Dans l’énergie, Jakson Green a obtenu un contrat EPC lié au projet solaire de Kairouan développé par AMEA Power. Mise en service en décembre 2025, la centrale affiche finalement une puissance de 120 MWp.
Sortir du tête-à-tête phosphate-produits manufacturés
Lors des consultations politiques du 27 mars 2026 à Tunis, les deux gouvernements ont réaffirmé l’objectif du milliard de dollars et identifié de nouveaux terrains de coopération : agriculture, gestion de l’eau, renouvelables et infrastructures publiques numériques.
Plusieurs entreprises indiennes sont déjà présentes ou actives en Tunisie dans l’automobile, les infrastructures, les logiciels et la pharmacie.
Le véritable enjeu est désormais celui de la diversification.
La négociation de nouveaux cadres concernant le commerce préférentiel, l’investissement et la fiscalité pourrait faciliter cette évolution. L’initiative indienne « 3T » — Trade, Technology and Training — ouvre également des perspectives dans les paiements numériques, les infrastructures digitales et la formation.
Pour la Tunisie, l’Inde ne représente donc plus seulement un débouché pour les phosphates. Avec une économie indienne devenue l’un des grands pôles de croissance mondiaux, l’enjeu consiste désormais à transformer une relation historiquement forte en partenariat industriel, technologique et commercial beaucoup plus équilibré.
CHIFFRES CLÉS
- 521,71 M$ – Volume des échanges commerciaux bilatéraux durant l’exercice indien 2024-2025.
- 449,56 M$ – Échanges enregistrés entre avril 2025 et janvier 2026, dont 316,76 M$ d’exportations indiennes vers la Tunisie et 132,80 M$ dans l’autre sens.
- 1 milliard $ – Objectif de commerce bilatéral fixé par les deux pays dès 2017 et réaffirmé dans leur volonté de développer les échanges.
- ≈ 50 % – Part des exportations tunisiennes d’acide phosphorique absorbée par le marché indien.
- 465 M$ – Investissement dans TIFERT, la coentreprise tuniso-indienne implantée à Skhira.
- 360 000 tonnes/an – Capacité de production d’acide phosphorique de TIFERT.
- 120 MWp – Puissance de la centrale solaire de Kairouan, développée par AMEA Power et mise en service en décembre 2025.
- 345 millions de litres/jour – Capacité du projet de traitement d’eau de Béjaoua, auquel participe le groupe indien VA Tech Wabag.
À RETENIR
La relation économique reste concentrée autour des phosphates, mais les investissements indiens s’étendent désormais à l’eau, l’énergie, les infrastructures, l’automobile, le numérique et la pharmacie.


