Les rencontres régionales organisées par l’Office des Tunisiens à l’Étranger (OTE) entre le 23 juillet et le 6 août 2026, ont visé la mobilisation des compétences, les réseaux internationaux et l’énergie entrepreneuriale des Tunisiens à l’étranger pour accélérer ce passage d’une économie de transferts à une économie productive.

Pour rappel, l’initiative est soutenue par le projet « Promotion de l’inclusion financière et socioéconomique en Tunisie (IFSE) » de la GIZ à travers sa composante EDMEJ et cofinancée par l’Union Européenne et le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

En parcourant Tataouine, le Grand Tunis, Bizerte et Kairouan, l’Etat tunisien a, à travers l’OTE, engagé un dialogue territorial inédit avec sa diaspora, révélant une ambition nouvelle : faire des Tunisiens à l’étranger des partenaires stratégiques du développement national, dans une logique de complémentarité entre les districts et de justice territoriale.

Un pays réorganisé en districts : une vision territoriale pour des plans de développement stratégiques

La Tunisie a amorcé une transformation profonde de son architecture territoriale. La répartition du territoire national en districts — du Sud profond à la façade méditerranéenne, du cœur économique du Grand Tunis aux régions agricoles du Nord-Ouest — n’est pas un simple découpage administratif.

Elle constitue une vision stratégique qui vise à créer une dynamique vertueuse entre les régions. Les zones les plus développées doivent tirer vers le haut celles qui le sont moins, tandis que les régions à fort potentiel naturel ou humain doivent être accompagnées pour exploiter pleinement leurs richesses.

« Le développement ne peut plus être pensé depuis le centre. Il doit être construit à partir des territoires, de leurs spécificités, de leurs besoins et de leurs opportunités. »

 

Cette logique territoriale repose sur une idée simple : le développement ne peut plus être pensé depuis le centre. Il doit être construit à partir des territoires, de leurs spécificités, de leurs besoins et de leurs opportunités. Et la diaspora, forte de ses compétences, de ses réseaux et de ses ressources, doit devenir un acteur clé de cette dynamique.

Dans son discours de clôture à Kairouan, Issam Lahmar, ministre des Affaires sociales a souligné cette vision en déclarant : « Ces rencontres ont constitué une étape nationale importante dans le dialogue sur les priorités et les perspectives de développement des politiques publiques. La Tunisie dispose, à travers ses compétences établies à l’étranger, d’un potentiel capable de construire des politiques plus efficaces et plus proches des attentes des citoyens. »

Tataouine : le Sud profond, laboratoire de solutions

La première rencontre, organisée à Tataouine le 23 juillet, a ouvert la voie. Le Sud profond est un territoire immense, riche en ressources naturelles, en énergie solaire, en géologie, en tourisme saharien et en économie transfrontalière.

Le Sud souffre, toutefois, de fragilités structurelles : infrastructures insuffisantes, logistique coûteuse, foncier complexe, attractivité limitée. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de structurer des projets prêts à investir, de développer des zones logistiques, de simplifier les procédures et de renforcer la coordination institutionnelle.

Tataouine a rappelé que le Sud peut devenir un pôle d’investissement majeur si les obstacles structurels sont levés. La diaspora originaire de la région, très attachée à son territoire, peut jouer un rôle déterminant dans cette transformation.

Grand Tunis : le cœur économique, entre innovation et complexité

Le 29 juillet, le Grand Tunis a accueilli la deuxième rencontre. Avec ses quatre millions d’habitants, ses pôles technologiques, ses universités, ses infrastructures majeures et plus de la moitié des entreprises nationales, le district du Grand Tunis est le moteur économique du pays. Les discussions ont porté sur l’économie numérique, l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables et la valorisation des compétences.

« La Tunisie dispose, à travers ses compétences établies à l’étranger, d’un potentiel capable de construire des politiques plus efficaces et plus proches des attentes des citoyens. » (Issam Lahmar, Ministre des Affaires sociales)

Les participants ont souligné la nécessité de simplifier les procédures, de digitaliser les services, de renforcer la confiance dans l’administration et de réduire les écarts entre les six gouvernorats du district. Le Grand Tunis a mis en évidence un enjeu central : transformer un potentiel immense en opportunités accessibles pour les Tunisiens à l’étranger. La diaspora, souvent hautement qualifiée, peut contribuer à cette transition vers une économie de la connaissance.

Bizerte : le Nord stratégique, entre mer, agriculture et frontières

Le 4 août, Bizerte a accueilli la troisième rencontre. Porte de la Tunisie sur la Méditerranée, dotée d’un port stratégique, d’un hinterland agricole puissant, d’une façade maritime et d’un lien direct avec l’Algérie, le district du Nord possède un potentiel considérable.

Les échanges ont mis en avant l’économie bleue, les chaînes de valeur agricoles, les infrastructures portuaires et les défis environnementaux. Les participants ont insisté sur la nécessité de valoriser les ressources naturelles, de cartographier les opportunités, de renforcer la gouvernance territoriale et d’améliorer la coordination entre structures.

Bizerte a rappelé que le Nord peut devenir un pôle d’investissement majeur si les obstacles structurels sont levés. La diaspora, notamment celle installée en Europe, peut contribuer à moderniser les filières agricoles, à développer l’économie bleue et à renforcer les échanges transfrontaliers.

Kairouan : la clôture nationale, entre projets prêts à investir et inclusion financière

Le 6 août, Kairouan a accueilli la clôture nationale. Le district du Centre, composé de six gouvernorats, est un territoire contrasté : un littoral dynamique, un intérieur riche en ressources agricoles, des chaînes de valeur en construction, des projets structurants en phase d’étude, comme la ville médicale ou le port en eaux profondes d’Enfidha.

Les discussions ont porté sur les projets prêts à investir, les chaînes de valeur, le transfert technologique, l’inclusion financière et la transformation des transferts en investissements. Issam Lahmar, ministre des Affaires sociales a insisté sur la nécessité de programmes nouveaux pour les jeunes générations, la numérisation des services, la protection des droits des Tunisiens à l’étranger et la mobilisation des compétences.

Il a assuré que l’État s’engage à traduire les recommandations en actions concrètes, déclarant : « Nous nous engageons à traduire vos recommandations en décisions, en mesures et en programmes qui ouvriront de nouvelles perspectives à l’ensemble de la diaspora tunisienne. »

«Une Tunisie qui reconnaît enfin que sa diaspora n’est pas seulement un lien affectif, mais un levier stratégique pour son avenir.»

Une dynamique vertueuse entre les districts

Ce parcours national a révélé une idée centrale : la complémentarité entre les districts est la clé du développement.

Le Sud peut devenir un pôle énergétique et logistique. Le Grand Tunis peut porter l’innovation et les services. Le Nord peut développer l’économie bleue et les filières agricoles.

Le Centre peut structurer les chaînes de valeur et les projets industriels. Cette complémentarité crée une dynamique vertueuse : les régions les plus développées tirent vers le haut celles qui le sont moins, tandis que les régions à fort potentiel naturel ou humain sont accompagnées pour exploiter pleinement leurs richesses. La diaspora, forte de ses compétences, de ses réseaux et de ses ressources, devient un acteur essentiel de cette dynamique.

En s’invitant à Tataouine, Tunis, Bizerte et Kairouan, la Tunisie a montré qu’elle est prête à territorialiser sa relation avec sa diaspora. Chaque région a apporté sa voix, ses attentes, ses opportunités. Ensemble, elles dessinent une politique nationale nouvelle, plus proche, plus lisible, plus ambitieuse. Une Tunisie qui reconnaît enfin que sa diaspora n’est pas seulement un lien affectif, mais un levier stratégique pour son avenir.

Amel Belhadj Ali

EN BREF

  • Changement de paradigme : Transition stratégique d’une économie de transferts (devises) vers une économie d’investissements productifs portée par la diaspora.
  • Approche décentralisée : Une nouvelle organisation en districts vise à stimuler une complémentarité régionale entre le Nord, le Centre, le Sud et le Grand Tunis.
  • Mobilisation ciblée : Focus sectoriel adapté à chaque région (énergies renouvelables au Sud, IA au Grand Tunis, économie bleue à Bizerte).
  • Appui international : Initiative de l’OTE soutenue par le programme IFSE de la GIZ, cofinancée par l’UE et le BMZ allemand.
  • Engagements étatiques : Promesse gouvernementale de digitaliser les services, simplifier les procédures et garantir l’inclusion financière des Tunisiens de l’étranger.