La Tunisie a mis en place un arsenal complet d’incitations financières, fiscales et administratives pour encourager les Tunisiens résidents à l’étranger à investir dans leur pays. Présenté dans le cadre des rencontres régionales OTE, ce dispositif modernisé vise à transformer l’énergie entrepreneuriale de la diaspora en moteur de développement territorial et national.

Le dispositif d’incitations repose sur un ensemble de textes structurants, dont la loi sur l’investissement de 2016, les décrets de 2017 et 2018, ainsi que les réformes introduites par les lois de finances 2023, 2024 et 2025.

Ces textes définissent les avantages fiscaux, les procédures de déclaration d’investissement et les mécanismes de soutien financier destinés aux Tunisiens à l’étranger. Les réformes récentes ont notamment simplifié les procédures, élargi les incitations et renforcé les mécanismes de soutien aux projets portés par les TRE.

Des procédures adaptées aux différents modes d’investissement

Le dispositif distingue trois formes d’investissement :

  • la création d’une entreprise individuelle ;
  • la participation dans une entreprise existante ;
  • la création d’une société.

Dans chaque cas, les Tunisiens à l’étranger peuvent importer leurs équipements et véhicules dans le cadre de leur retour temporaire ou définitif, obtenir une attestation de déclaration d’investissement à distance et bénéficier d’un accompagnement administratif via la plateforme nationale tunisieindustrie.nat.tn.

Cette digitalisation des procédures constitue un progrès majeur pour les TRE, souvent confrontés à la complexité administrative.

Des incitations financières structurées autour de quatre grandes catégories

La prime de valorisation et de compétitivité

Elle concerne les secteurs stratégiques et les activités à forte valeur ajoutée, avec une prise en charge pouvant atteindre 15 % du coût de l’investissement, plafonnée à un million de dinars.

La prime de développement de la capacité d’emploi

L’État prend en charge la contribution patronale à la CNSS pendant trois ans dans les secteurs prioritaires, cinq ans dans les zones de développement régional de première catégorie et dix ans dans celles de deuxième catégorie.

La prime de développement régional

Elle vise à encourager l’investissement dans les régions défavorisées. Les taux varient entre 15 % et 30 % du coût de l’investissement, avec des plafonds allant jusqu’à trois millions de dinars, ainsi qu’une prise en charge des travaux d’infrastructure.

La prime de développement durable

Elle finance jusqu’à 50 % des investissements liés à la protection de l’environnement, avec un plafond de 300 000 dinars.

Un soutien renforcé pour les projets d’envergure nationale

Les projets dont le coût dépasse 50 millions de dinars ou qui créent au moins 500 emplois bénéficient d’avantages exceptionnels : exonération de l’impôt sur les sociétés pendant dix ans, prime d’investissement pouvant atteindre un tiers du coût du projet, et prise en charge des travaux d’infrastructure.

Ces incitations visent à attirer des projets structurants capables de transformer durablement l’économie nationale.

Un mécanisme innovant : la participation du Fonds tunisien d’investissement

Le Fonds tunisien d’investissement peut participer au capital des entreprises créées par des Tunisiens à l’étranger, selon des modalités avantageuses. Ce mécanisme permet de renforcer les fonds propres des projets, d’améliorer leur bancabilité et de faciliter leur accès au financement.

Les conditions sont adaptées aux projets de petite et moyenne taille, avec des taux de participation modulés selon le montant de l’investissement.

Des conditions d’éligibilité claires et orientées vers la qualité

Pour bénéficier des incitations, les projets doivent respecter plusieurs critères : situation fiscale régularisée, création d’au moins dix emplois dans les secteurs prioritaires, utilisation d’équipements neufs ou dûment évalués, et respect des normes comptables.

Ces conditions visent à garantir la qualité des projets et leur impact réel sur l’économie.

Les conditions de réussite

Si le cadre d’incitations est ambitieux, plusieurs témoignages recueillis lors des rencontres régionales organisées cet été par l’OTE, rappellent que la réussite dépendra de facteurs essentiels.

De nombreux Tunisiens à l’étranger ont salué l’effort de simplification, mais ont également exprimé des préoccupations récurrentes : lenteurs administratives, manque de coordination entre institutions, difficulté à obtenir des informations claires, et disparités dans l’application des procédures selon les régions.

Certains participants ont souligné que les incitations, aussi généreuses soient‑elles, ne suffiront pas si les obstacles opérationnels persistent. Un entrepreneur installé en Europe a résumé ce sentiment en affirmant que « les avantages sont attractifs, mais ce qui compte, c’est la fluidité du parcours.

Si les délais sont longs ou les réponses incertaines, l’investissement devient risqué ». Un autre intervenant, originaire du Sud, a insisté sur la nécessité d’un accompagnement réel : « Nous avons les idées, les moyens et la volonté. Ce qu’il nous faut, c’est un interlocuteur unique, une porte d’entrée claire, et des engagements respectés. »

Ces retours montrent que la réussite du dispositif dépendra de trois conditions majeures :

  • une administration réactive et homogène sur tout le territoire ;
  • une communication claire et accessible ;
  • un suivi personnalisé des projets, notamment dans les régions intérieures.

Sans ces garanties, le risque est que les incitations restent théoriques et que les projets peinent à se concrétiser. À l’inverse, si ces conditions sont réunies, la Tunisie pourra réellement transformer l’énergie entrepreneuriale de sa diaspora en moteur de développement territorial.

En modernisant son cadre d’incitations et en l’adaptant aux besoins des Tunisiens à l’étranger, la Tunisie envoie un signal fort : la diaspora est un partenaire stratégique du développement national.

En facilitant l’investissement, en soutenant les projets innovants et en valorisant les compétences, le pays construit une dynamique nouvelle où les Tunisiens du monde deviennent des acteurs essentiels de la transformation économique et territoriale.

Mais pour que cette ambition devienne réalité, il faudra garantir un parcours administratif fluide, une coordination institutionnelle exemplaire et un accompagnement constant, conditions indispensables pour que les réformes produisent leurs effets et que la confiance de la diaspora se traduise en investissements durables.

Amel Belhadj Ali