Electricité STEGLe record algérien de 21 650 MW n’a pas été immédiatement dépassé. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs : de l’Algérie au Maroc en passant par la Tunisie, les pointes électriques progressent sous l’effet des fortes chaleurs, obligeant les opérateurs à repenser la manière de dimensionner leurs réseaux.

21 650 MW. C’est la puissance appelée par le réseau électrique algérien le 17 août, nouveau sommet après deux records déjà enregistrés en juillet. L’absence d’un nouveau pic dès l’après-midi suivant réduit la dimension événementielle du chiffre. Elle ne change guère, en revanche, le message envoyé par les réseaux électriques maghrébins.

En Algérie, le précédent maximum de 2025 s’établissait à 20 628 MW. La hausse est donc proche de 5 % en un an. Le pays avait déjà franchi 21 176 MW puis 21 378 MW en juillet. Ce qui ressemblait autrefois à une journée exceptionnelle tend ainsi à se répéter au cours d’un même été.

Le Maroc suit une trajectoire comparable. Sa puissance appelée a atteint 8 400 MW en juillet 2026, après un maximum proche de 8 000 MW l’année précédente. En Tunisie, la pointe atteignait déjà 4 750 MW à fin juin, contre 4 531 MW un an auparavant.

Ces chiffres ne permettent pas d’affirmer que les trois pays connaissent exactement le même phénomène. Leurs systèmes électriques, leurs capacités de production et leurs profils de consommation diffèrent. Mais leur simultanéité révèle une contrainte commune : la chaleur transforme progressivement la pointe estivale en variable stratégique.

Le coût des quelques heures les plus chaudes

La difficulté n’est pas seulement de produire davantage d’électricité sur l’année. Un réseau doit pouvoir satisfaire la demande au moment précis où celle-ci atteint son maximum.

Or la généralisation de la climatisation concentre une partie croissante des besoins sur quelques heures particulièrement chaudes. Pour les opérateurs, cela signifie disposer de centrales, de lignes et de capacités de réserve capables de répondre à des niveaux qui ne seront parfois sollicités que quelques jours par an.

Cette contrainte peut devenir coûteuse.

L’Algérie a renforcé ses capacités avant l’été. Le Maroc prévoit des investissements massifs dans de nouvelles capacités renouvelables, le stockage et les réseaux. La Tunisie développe rapidement le photovoltaïque, mais conserve une marge de manœuvre plus étroite et recourt également aux échanges électriques avec ses voisins.

Le solaire apporte une partie de la réponse lorsque la pointe intervient en journée. Il répond moins directement aux consommations élevées du soir, comme l’a montré le record marocain enregistré à 21h30. D’où l’importance croissante du stockage, des interconnexions, de l’efficacité énergétique et du pilotage de la demande.

Le vrai signal de l’été 2026 n’est donc pas qu’un record soit battu chaque jour. Il est que des niveaux autrefois exceptionnels deviennent plus fréquents.

Pour le Maghreb, le défi électrique change progressivement de nature : il ne s’agit plus seulement de savoir combien d’énergie produire, mais combien de puissance mobiliser pendant les heures les plus critiques — et à quel coût.

EN BREF

  • Sommet algérien : Le réseau électrique de l’Algérie a atteint une puissance appelée record de 21 650 MW le 17 août, en hausse de près de 5 % sur un an.
  • Dynamique régionale : Le Maroc a enregistré une pointe à 8 400 MW en juillet 2026, tandis que la Tunisie affichait 4 750 MW dès la fin du mois de juin.
  • La contrainte de la pointe : La généralisation de la climatisation concentre la demande sur quelques heures critiques, forçant les opérateurs à surdimensionner leurs infrastructures.
  • Limites du solaire diurne : L’illustre le record marocain fixé à 21h30, les besoins nocturnes exigent le déploiement rapide de solutions de stockage et d’interconnexions.
  • Mutation stratégique : Le défi prioritaire du Maghreb bascule du volume d’énergie globale à la maîtrise de la puissance mobilisable aux moments les plus tendus.