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Le Maroc investit davantage dans son industrie, attire des projets dans l’automobile, l’aéronautique ou les technologies vertes et améliore ses performances à l’export. Mais les emplois ne progressent pas toujours au même rythme. Ce paradoxe apparent tient à la nature même de la nouvelle industrialisation : plus capitalistique, plus automatisée et exigeante en compétences.

Les chiffres résument le décalage. En 2024, l’investissement industriel marocain a bondi de 30 % pour atteindre 90 milliards de dirhams, selon le ministère de l’Industrie. La valeur ajoutée du secteur a progressé de 11 %, à 240 milliards de dirhams. L’emploi industriel a également augmenté, mais beaucoup moins rapidement : 42 714 emplois nets ont été créés, portant les effectifs à un peu plus d’un million.

Autrement dit, davantage de capital investi ne signifie pas mécaniquement davantage de travailleurs recrutés.

Des usines plus productives, mais moins intensives en travail

Une première explication tient à la transformation de l’industrie marocaine. Les nouvelles chaînes automobiles, aéronautiques, électroniques ou de batteries nécessitent des investissements élevés en machines, robotisation, contrôle numérique et équipements spécialisés.

Une partie du capital sert donc à augmenter la productivité de chaque salarié, pas à multiplier les postes.

Le phénomène apparaît dans les statistiques du marché du travail. Entre le deuxième trimestre 2024 et le deuxième trimestre 2025, l’industrie n’avait créé que 2 000 emplois nets, contre 74 000 dans le BTP et 35 000 dans les services.

L’industrie peut ainsi produire et exporter davantage sans que ses effectifs progressent proportionnellement.

Le problème des chaînes de valeur

Le nombre d’emplois dépend aussi de ce qui est réellement fabriqué au Maroc.

Lorsqu’une usine importe une part importante de ses composants avant de réaliser localement l’assemblage ou quelques opérations industrielles, l’investissement peut être considérable mais son effet multiplicateur sur les fournisseurs marocains reste limité.

L’enjeu devient alors celui de l’intégration locale : plus les pièces, services techniques, logiciels, opérations de maintenance et équipements sont produits par des entreprises marocaines, plus un investissement initial génère des emplois indirects.

C’est précisément pourquoi la future stratégie industrielle marocaine met l’accent sur le « Made in Morocco », les PME, l’innovation et le développement du capital humain.

Des compétences qui ne correspondent pas toujours aux besoins

Un autre frein se situe sur le marché du travail. Une usine technologiquement avancée ne recherche pas uniquement de la main-d’œuvre disponible ; elle cherche des techniciens, ingénieurs, automaticiens, spécialistes de maintenance ou opérateurs capables de travailler avec des équipements complexes.

Le Maroc peut donc connaître simultanément un chômage élevé et pénuries de certaines compétences.

Malgré l’amélioration récente de l’activité économique, le taux de chômage national restait à 13 % en 2025, selon le Haut-Commissariat au Plan.

La Banque mondiale estime d’ailleurs que le secteur privé marocain ne crée toujours pas suffisamment d’emplois à grande échelle et souligne le rôle des contraintes pesant sur la concurrence, la dynamique des entreprises et l’adéquation des compétences. Elle estime que des réformes structurelles pourraient permettre la création de 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035.

Le véritable indicateur : les emplois par dirham investi

Le défi marocain n’est donc plus seulement d’attirer davantage d’usines. Il consiste à augmenter leur contenu local en emplois et en valeur ajoutée.

Cela passe par le développement des fournisseurs nationaux, des PME industrielles, de la formation technique et de secteurs capables de combiner productivité et forte demande de travail.

Le succès industriel du Maroc ne se mesurera ainsi pas uniquement au montant des investissements annoncés ou aux nouvelles capacités de production. Il dépendra de sa capacité à transformer chaque grand projet en une chaîne plus large de fournisseurs, de compétences et d’entreprises locales. C’est à cette condition que la montée en puissance industrielle pourra devenir une véritable machine à créer des emplois.

EN BREF

  • Bond des investissements : L’investissement industriel marocain a progressé de 30 % en 2024, atteignant 90 milliards de dirhams.
  • Le paradoxe de l’emploi : La valeur ajoutée et les investissements augmentent beaucoup plus rapidement que les créations nettes de postes, orientant le modèle vers la capitalisation.
  • L’enjeu de l’intégration : Le développement des fournisseurs locaux et du « Made in Morocco » est la clé pour démultiplier les emplois indirects.
  • Déficit de qualifications : Les usines modernes exigent des compétences techniques pointues, accentuant les tensions face à un taux de chômage global de 13 % en 2025.
  • Le levier structurel : Des réformes ciblées sur la concurrence et la formation pourraient générer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 selon la Banque mondiale.