
L’Algérie a clairement changé d’échelle. La station de Fouka 2, entrée en pleine capacité en juillet 2025, peut produire 300 000 m³ d’eau dessalée par jour. Trois nouveaux projets de taille comparable, à Chlef, Mostaganem et Tlemcen, doivent ajouter 900 000 m³/jour supplémentaires.
Selon les autorités algériennes du secteur, le dessalement couvrait environ 42 % des besoins en eau potable du pays à la mi-2026, avec un objectif annoncé de 60 %. Ces chiffres illustrent une stratégie assumée : réduire la dépendance aux barrages et aux précipitations en transformant l’eau de mer en ressource structurelle.
La Tunisie investit, mais doit accélérer
La Tunisie suit la même direction, sans disposer des mêmes moyens budgétaires ni énergétiques. La station de Sfax a été inaugurée en 2026, tandis que l’extension de Zarat doit porter sa capacité de 50 000 à 100 000 m³/jour.
La Banque mondiale a également approuvé en 2026 un programme de sécurité hydrique représentant 700 millions de dollars sur dix ans, dont une première phase de 332,5 millions. Le financement porte à la fois sur de nouvelles capacités, la réhabilitation des réseaux et l’amélioration de la gestion.
Le premier enseignement algérien est donc celui de la vitesse d’exécution. L’Algérie multiplie des unités standardisées de grande taille, ce qui permet de capitaliser sur les mêmes compétences techniques et industrielles. Pour la Tunisie, reproduire des modèles éprouvés pourrait réduire les délais et les coûts de préparation.
Produire plus ne suffit pas
Le deuxième enseignement concerne les réseaux. En Tunisie, la Banque mondiale estimait que les pertes de la SONEDE avaient atteint 34 % en 2021, contre 25 % en 2010. Le chiffre n’est pas suffisamment récent pour décrire exactement la situation de 2026, mais il rappelle une réalité : construire de nouvelles capacités sans limiter les fuites réduit fortement l’efficacité de l’investissement.
Le troisième défi est énergétique. Le dessalement consomme beaucoup d’électricité. Pour l’Algérie, productrice d’hydrocarbures, cette contrainte est plus facilement absorbable. Pour la Tunisie, qui reste dépendante des importations énergétiques, elle peut devenir un coût supplémentaire.
La réponse tunisienne ne peut donc pas se limiter à multiplier les stations. Elle doit associer dessalement, énergie renouvelable, réduction des pertes et interconnexion des réseaux.
L’expérience algérienne ne constitue pas un modèle à copier mécaniquement. Elle montre cependant qu’une stratégie hydrique devient crédible lorsque les investissements sont continus, standardisés et intégrés. Pour la Tunisie, le véritable indicateur de réussite ne sera pas le nombre d’usines inaugurées, mais la capacité du pays à traverser les prochaines sécheresses sans rupture majeure d’approvisionnement.


