intelligence artificielleL’intelligence artificielle peut tenir ses promesses et Wall Street chuter quand même. C’est l’avertissement lancé par cinq économistes de la BCE, qui jugent désormais probable une correction des valorisations américaines. Pour l’Europe, le risque n’est pas théorique : quelque 440 milliards d’euros d’épargne des ménages sont exposés aux grandes valeurs technologiques américaines.

Une révolution technologique peut transformer l’économie sans enrichir tous ceux qui ont payé très cher pour y participer. C’est, en substance, le message adressé aux marchés par cinq économistes de la Banque centrale européenne dans une analyse publiée le 17 août.

Leur constat est inhabituellement clair : les niveaux de valorisation actuels rendent probable une correction boursière, même dans un scénario où l’intelligence artificielle génère effectivement des gains de productivité.

La BCE ne proclame pas pour autant l’existence d’une « bulle IA ». Le texte est publié sur son blog et reflète l’analyse de ses auteurs, non une position officielle du Conseil des gouverneurs. Mais le changement de ton est notable.

Des prix qui intègrent déjà beaucoup d’avenir

Aux États-Unis, le ratio CAPE, qui compare les cours aux bénéfices réels moyens des dix dernières années, évolue près de ses niveaux historiques les plus élevés.

L’envolée de Nvidia résume cette euphorie : son cours a été multiplié par environ vingt depuis 2022, selon les données citées par les économistes de la BCE.

Cela ne signifie pas que les investisseurs se trompent sur le potentiel de l’IA. Le problème se situe ailleurs : combien de croissance future est déjà intégrée dans les cours ?

Les géants technologiques disposent de bénéfices et de positions de marché autrement plus solides que nombre de vedettes de la bulle internet de 2000. Pourtant, même des profits en hausse peuvent ne pas suffire si les marchés ont payé aujourd’hui une croissance qui ne se matérialisera que dans plusieurs années.

440 milliards d’euros d’exposition européenne

Une correction à Wall Street ne resterait pas confinée aux États-Unis.

Les ménages de la zone euro détiennent environ 440 milliards d’euros d’exposition aux grandes valeurs technologiques américaines, principalement à travers des fonds et des ETF.

Cette concentration transforme un éventuel retournement des « Magnificent Seven » en risque européen. Une baisse brutale réduirait la valeur des portefeuilles, pourrait provoquer des retraits des fonds et durcir les conditions financières.

L’Europe dispose néanmoins d’un avantage : ses marchés affichent des valorisations moins tendues et sont moins dominés par les valeurs technologiques.

Le vrai test commence

L’IA est déjà entrée dans les entreprises européennes. En 2025, 40 % des salariés interrogés dans la zone euro déclaraient l’utiliser au travail, contre 26 % un an auparavant. Mais seulement 7 % des entreprises interrogées par la BCE indiquaient en faire un usage significatif.

Toute la question est là.

Après les milliards investis dans les puces, les centres de données et les modèles d’IA, les marchés attendent désormais des gains mesurables de productivité et de bénéfices.

Le principal danger n’est donc peut-être pas que l’intelligence artificielle échoue. C’est qu’elle réussisse moins vite que ne l’exigent déjà les prix de Wall Street.

Les chiffres clés

  • 440 milliards d’euros : exposition estimée des ménages de la zone euro aux grandes valeurs technologiques américaines.
  • ×20 environ : progression du cours de Nvidia depuis 2022 citée par les économistes de la BCE.
  • 40 % : part des salariés de la zone euro déclarant utiliser l’IA au travail en 2025, contre 26 % en 2024.
  • 7 % : part des entreprises interrogées faisant un usage significatif de l’IA.
  • 0,3 à 0,4 point par an : gain potentiel de productivité globale des facteurs envisagé dans certains scénarios de diffusion rapide de l’IA.