La croissance tunisienne a atteint 2,3 % au deuxième trimestre 2026. Mais derrière cette progression du PIB, l’économie a perdu 58 200 emplois en trois mois et la population active a reculé de 77 500 personnes. Des chiffres qui interrogent la qualité de la reprise, sans pour autant confirmer toutes les conclusions alarmistes diffusées sur les réseaux sociaux.
Le PIB tunisien a progressé de 2,3 % sur un an au deuxième trimestre 2026, selon l’Institut national de la statistique. Il s’agit d’une croissance réelle, en volume, et non d’une croissance nominale. Un an plus tôt, au deuxième trimestre 2025, la croissance atteignait 3,2 %.
Le ralentissement est donc réel. Mais le signal le plus préoccupant vient du marché du travail.
Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, le nombre de personnes occupées est passé de 3,626 millions à 3,568 millions, soit 58 200 emplois de moins. Dans le même temps, la population active a diminué de 77 500 personnes.
Cette contraction explique en partie un paradoxe : malgré les pertes d’emplois, le taux de chômage a légèrement reculé, de 15 % à 14,9 %, tandis que le nombre officiel de chômeurs est passé de 641 700 à 622 400.
Cela ne signifie toutefois pas que 77 500 chômeurs ont définitivement abandonné toute recherche d’emploi. Les données de l’INS montrent une baisse de la population active, mais elles ne permettent pas d’en attribuer une cause unique.
Les diplômés restent les plus exposés
Le chômage des diplômés de l’enseignement supérieur constitue un signal plus net. Il a atteint 26,6 % au deuxième trimestre, contre 24,2 % trois mois auparavant. Chez les femmes diplômées, il grimpe même à 35,6 %.
La difficulté de l’économie tunisienne n’est donc pas seulement de générer de la croissance, mais de transformer cette croissance en emplois qualifiés et durables.
Sur l’inflation, certaines affirmations doivent également être corrigées. L’inflation générale est descendue à 5,1 % en juillet 2026, tandis que la hausse des prix alimentaires s’établissait à 6,6 %. Le chiffre de 15 % ne correspond donc pas à l’ensemble des produits alimentaires, même si certaines catégories affichent des augmentations nettement supérieures.
Une Banque centrale sous tension
La Banque centrale de Tunisie a pour objectif principal la stabilité des prix. Contrairement à ce qui est parfois affirmé, elle ne dispose pas d’un mandat légal imposant de ramener le chômage sous 10 %.
Le débat porte plutôt sur l’équilibre entre financement de l’État, maîtrise de l’inflation et soutien à l’investissement. Le taux directeur reste à 7 %, alors que les besoins de financement du Trésor demeurent importants.
Le diagnostic est donc plus nuancé qu’un simple constat d’échec. La Tunisie continue de croître, mais cette croissance ralentit et produit trop peu d’emplois. Le véritable indicateur à surveiller désormais sera moins le seul taux de PIB que sa capacité à générer davantage d’investissement, d’emplois qualifiés et de recettes en devises.
(Source: Post Larbi Benbouhali)



