Beni M'TirIl faut quitter les grandes routes, prendre de la hauteur et accepter quelques virages avant que Beni M’Tir ne se révèle. Dans cette partie du Nord-Ouest tunisien, la lumière elle-même semble changer. Le vert gagne du terrain, les collines se resserrent autour de la route et, au détour d’un dernier lacet, apparaît un village que l’on pourrait presque croire posé ailleurs.

Beni M’Tir appartient à cette Tunisie que les cartes postales montrent rarement.

Ici, pas de longues plages ni de front de mer. Le paysage est fait de forêts, de pentes, de maisons claires coiffées de tuiles rouges et d’une immense étendue d’eau qui accompagne le regard. Le barrage voisin donne au village sa silhouette particulière. Vu d’en haut, son lac épouse les reliefs avec une douceur presque trompeuse, comme s’il avait toujours été là.

Le village, lui, ne cherche pas à se donner en spectacle.

Quelques rues suffisent pour en saisir le rythme. Les façades alternent avec les jardins, les perspectives s’ouvrent soudainement sur la montagne et le silence n’est interrompu que par les bruits ordinaires d’une petite localité. Rien ici ne semble avoir été disposé pour le visiteur. C’est précisément ce qui donne à Beni M’Tir son pouvoir de dépaysement.

On marche davantage qu’on ne visite.

À certains endroits, le lac surgit entre deux maisons. Plus loin, la forêt reprend possession du paysage. Le regard hésite entre l’eau et les hauteurs de Kroumirie, cette région humide et boisée qui donne au Nord-Ouest tunisien une identité à part. Lorsque les nuages descendent sur les reliefs, l’atmosphère devient presque montagnarde. Quelques kilomètres seulement séparent pourtant ce décor d’une Tunisie beaucoup plus familière.

Cette diversité est peut-être le véritable trésor de Beni M’Tir.

Le village possède les ingrédients que recherchent de plus en plus les voyageurs lassés des itinéraires standardisés : nature, lenteur, espaces ouverts, fraîcheur, proximité avec la forêt et sentiment d’être momentanément sorti des circuits convenus. Il pourrait trouver sa place dans un tourisme plus attentif aux territoires, fait de randonnées, d’hébergements de petite capacité et de découvertes régionales.

Mais ce potentiel contient aussi sa propre contradiction.

Développer Beni M’Tir sans lui faire perdre ce qui la rend singulière suppose de résister à la tentation du tourisme de masse. Ici, la valeur du lieu réside précisément dans son échelle réduite, son environnement et cette impression rare que le paysage conserve encore le premier rôle.

Lorsque vient le moment de repartir, la route reprend ses virages. Le lac disparaît, réapparaît une dernière fois entre les arbres, puis s’efface.

Beni M’Tir laisse alors moins le souvenir d’une liste de choses à voir que celui d’une atmosphère.

Une parenthèse verte dans le Nord-Ouest tunisien, où l’on comprend qu’un voyage tient parfois à très peu de choses : une route qui monte, une forêt qui se rapproche, un village au bord de l’eau — et soudain, l’impression d’avoir découvert une autre Tunisie.