Au Rwanda, les Imihigo transforment les grandes ambitions nationales en engagements annuels mesurables. Réintroduit dans l’administration publique en 2006, ce mécanisme inspiré d’une pratique traditionnelle est devenu l’un des instruments les plus caractéristiques du modèle rwandais : objectifs chiffrés, suivi régulier, évaluation et comparaison publique des performances.
DE LA PROMESSE TRADITIONNELLE AU CONTRAT DE PERFORMANCE
Dans la tradition rwandaise, l’Imihigo renvoie à l’idée d’un engagement public à accomplir une mission ou à atteindre un résultat. Le gouvernement a réutilisé ce principe dans le cadre de la décentralisation. En avril 2006, les maires de district ont signé les premiers contrats de performance avec le président de la République.
Le dispositif s’est ensuite étendu. Aujourd’hui, des ministres, maires de district et responsables d’organismes publics prennent des engagements liés aux stratégies nationales de développement. L’Institut national de la statistique du Rwanda décrit les Imihigo comme un outil destiné à accélérer la réalisation des objectifs des plans stratégiques du pays.
COMMENT FONCTIONNE LE SYSTÈME ?
1. Transformer la stratégie en objectifs
Les priorités nationales sont traduites en résultats annuels attendus. Au niveau local, le processus suit les structures administratives allant du village au district et combine priorités nationales et besoins identifiés localement.
Les engagements doivent être mesurables : infrastructures à réaliser, services à améliorer, projets agricoles, résultats sanitaires ou autres objectifs relevant des compétences de l’administration concernée.
2. Formaliser l’engagement
Les responsables concernés s’engagent publiquement sur leurs objectifs. Cette dimension symbolique est essentielle : le contrat transforme une orientation administrative en promesse dont la réalisation pourra être comparée aux engagements initiaux.
3. Suivre l’exécution
L’Imihigo sert à la fois de dispositif de planification, de suivi et de gestion par les résultats. Les administrations doivent documenter l’avancement des engagements au cours de l’exercice plutôt que de mesurer leur performance uniquement à la fin de l’année. Des études sur l’administration rwandaise relient ce dispositif à une culture particulièrement forte du suivi des résultats.
4. Évaluer et comparer
Les résultats font l’objet d’une évaluation selon une grille de performance. Pour l’exercice 2024/2025, l’évaluation officielle des 27 districts concernés affiche une moyenne de 69 % ; Ngoma obtient le meilleur résultat, avec 77,2 %. Le classement crée ainsi une forme d’émulation entre collectivités.
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POURQUOI LES IMIHIGO COMPTENT
Le premier apport est l’alignement. Une priorité inscrite dans une stratégie nationale peut être transformée en objectifs concrets pour les administrations chargées de son exécution.
Le deuxième est la responsabilisation. Les performances deviennent visibles, comparables et attribuables à des responsables identifiés. Des évaluations internationales ont constaté que le système pouvait effectivement inciter les administrations locales à agir sur certains objectifs, notamment dans l’éducation.
Le troisième est la vitesse d’exécution. L’administration est organisée autour de réalisations attendues dans un calendrier défini. Cette logique contribue à expliquer pourquoi le Rwanda est souvent caractérisé par une forte culture publique du résultat. L’OCDE décrivait encore en 2025 les Imihigo comme une manifestation d’une solide culture gouvernementale de gestion axée sur les résultats.
LA FORCE DU SYSTÈME PEUT AUSSI DEVENIR SA FAIBLESSE
Cette mécanique n’est pas exempte d’effets pervers.
Le mesurable peut l’emporter sur l’essentiel. Des travaux universitaires soulignent le risque de privilégier les résultats facilement quantifiables au détriment d’améliorations plus qualitatives et plus difficiles à mesurer.
La pression peut affecter la qualité de l’information. Une culture très exigeante du résultat peut créer des incitations à embellir certaines données ou à privilégier l’atteinte formelle de la cible plutôt que son impact réel. Ce risque est identifié dans la littérature consacrée au modèle.
La participation locale reste discutée. Le système prévoit la remontée des besoins depuis les structures locales, mais plusieurs recherches relèvent une tension entre cette participation et le poids des priorités définies au niveau central. La Banque mondiale a elle-même identifié le renforcement de la participation citoyenne comme un enjeu de la gouvernance locale rwandaise.
EN BREF
- Mécanisme de performance : Les Imihigo sont des contrats de performance publics réintroduits en 2006 pour accélérer la mise en œuvre des stratégies de développement nationales.
- Déclinaison des objectifs : Ils traduisent les priorités nationales en engagements annuels chiffrés, de l’échelon national au niveau local (village, district).
- Processus structuré : Le système repose sur quatre étapes : transformation des stratégies en objectifs, formalisation de l’engagement, suivi continu de l’exécution et évaluation comparative publique.
- Facteur d’efficacité : Les Imihigo assurent l’alignement des administrations, renforcent la responsabilisation individuelle et augmentent la vitesse d’exécution des projets publics.
- Risques et défis : Le modèle présente des risques potentiels : focalisation sur le mesurable au détriment du qualitatif, embellissement des données et tension entre priorités centrales et besoins locaux.
LE MÉCANISME EN 4 MOTS
Objectifs → Engagement → Suivi → Évaluation


