
Le Village des langues de Rejich, dans le gouvernorat de Mahdia, s’est transformé, du 11 au 14 août 2026, en un laboratoire d’innovation pédagogique. Cinquante enseignants, venus de diverses régions de Tunisie, participent à la deuxième édition d’un camp d’été stratégique consacré aux usages de l’intelligence artificielle (IA) dans l’éducation.
L’initiative, portée par une association locale, ne cède pas à l’illusion d’une technologie “clés en main”. La sélection des participants a été rigoureuse, débutant par une évaluation des compétences numériques initiales. Selon Wided Rezgui, présidente de l’association organisatrice citée par la TAP, des séances de mise à niveau ont été nécessaires pour réduire les écarts avant le démarrage du programme. Cette démarche pragmatique souligne une réalité du terrain : la formation continue doit d’abord homogénéiser les prérequis avant de projeter le corps enseignant vers la haute technologie.
1. De l’ingénierie du prompt à la création d’écosystèmes
Le programme du camp rompt avec l’utilisation passive de chatbots grand public. L’ambition est de faire passer l’enseignant du statut d’utilisateur à celui de concepteur. L’atelier intitulé « De l’ingénierie de la pensée à l’ingénierie des prompts » pose les bases : la formulation d’instructions ultra-précises est la clé de voûte d’une IA performante au service de la pédagogie.
Au-delà du texte, les modules couvrent la production de vidéos pédagogiques assistées par IA, la création de sites web, le développement de jeux éducatifs numériques et la conception d’applications intelligentes. Cette orientation vers la production de ressources réutilisables en classe s’aligne sur les niveaux les plus avancés (“approfondir” et “créer”) du référentiel de compétences de l’UNESCO destiné aux enseignants.
2. La cybersécurité, condition sine qua non de l’IA à l’école
L’originalité et la force de cette formation résident dans son partenariat avec l’Agence Nationale de la Cybersécurité (ANCS). En intégrant un atelier intitulé « Un enseignement sécurisé pour un avenir intelligent », les organisateurs rappellent que l’innovation ne peut se faire au détriment de la protection des données.
Un enseignant manipulant des plateformes d’IA avec des productions d’élèves ou des documents pédagogiques doit impérativement maîtriser les flux de données, les lieux de traitement et la conformité réglementaire. L’UNESCO insiste d’ailleurs sur cette approche éthique et responsable, où la technologie soutient le travail humain sans jamais remplacer la responsabilité finale du pédagogue.
3. Face à l’obsolescence, miser sur l’esprit critique
L’argument de l’urgence de cette formation est souvent étayé par le rythme effréné de l’innovation. Wided Rezgui avance notamment la formule frappante d’« une nouvelle application toutes les 19 minutes environ ». Si ce chiffre spectaculaire, non documenté statistiquement, doit être manié avec précaution éditoriale, il illustre néanmoins une réalité incontestée : la volatilité des outils technologiques.
La véritable compétence durable transmise à Rejich ne réside donc pas dans la maîtrise d’un logiciel spécifique de 2026, mais dans le développement d’un métajugement pédagogique. L’objectif ultime est de former des professionnels capables d’évaluer la valeur ajoutée réelle de l’IA, de reconnaître les biais et hallucinations, et de déterminer quand la technologie doit s’effacer au profit de l’interaction humaine.
EN BREF
- L’événement : 50 enseignants tunisiens formés à l’IA générative à Mahdia du 11 au 14 août 2026.
- L’approche : Une progression pratique allant de l’« ingénierie des prompts » à la création complète de chatbots et jeux numériques.
- Le pivot sécuritaire : Partenariat stratégique avec l’Agence Nationale de la Cybersécurité (ANCS) pour un usage éthique et protégé des données.
- Le référentiel : Le programme s’aligne sur les dimensions “création” et “pédagogie” définies par l’UNESCO.
- L’enjeu durable : Former à l’esprit critique et au jugement pédagogique pour contrer l’obsolescence rapide des outils technologiques.


